Pacifique





LA VICTOIRE FINALE

 

Après leur victoire à Leyte, il ne restait plus aux Américains, en préalable à leur assaut final contre le Japon, qu'à prendre pied sur les deux derniers avant-postes nippons en mer de Chine, Iwo Jima et Okinawa. Ces îles devaient être le théâtre de combats d'une intensité sans précédent ; une fois tombées, elles constituèrent les bases à partir desquelles les B-29 de l'USAAF frappèrentau coeur de l'empire du Soleil-Levant.

En se rendant maîtres de l'île d'Iwo Jima, les Américains allaient disposer d'une base avancée d'où la 20th Air Force pourrait écraser le Japon. Les attaques préparatoires sur l'île avaient commencé dès le mois d'août 1944, les B-24J de la 7th Air Force, basés à Saipan, dans les Mariannes, effectuant des raids réguliers. A la veille de l'assaut, prévu pour la troisième semaine de février 1945, le Vice-Admiral J.S. McCain, à la tête de la Ve flotte, conduisit le premier grand raid aéronaval sur l'archipel du Soleil Levant. Le 16 février, par un temps couvert, alors que la flotte américaine croisait à 200 km au large de Tokyo, plusieurs vagues d'avions appartenant à la TF-58 s'élancèrent vers le Japon. Les F6F-5 et F4U-1 de la TF58.2 affrontèrent une centaine de A6M5, N1K1 et J2M3 au-dessus de Chiba (plus de 40 appareils japonais furent abattus), tandis que d'autres groupes aériens bombardaient Tokyo et la plaine de Kanto. A 11 h 30, notamment, des SB2C-3 assaillirent les aérodromes d'Ota et de Koizumi, d'autres actions identiques ayant lieu le lendemain. En l'espace de quarante-huit heures, la TF-58 accomplit 2 761 sorties, au cours desquelles elle détruisit 341 avions ennemis en combat aérien et 190 au sol ; elle perdit pour sa part 88 appareils (60 en combat aérien et 28 lors d'accidents en opérations).

 

 
Iwo Jima

 

L'assaut contre lwo Jima débuta le 19 février, l'île ne tombant qu'à la fin du mois de mars, au terme d'affrontements d'une rare violence. Pendant toute la durée de la bataille, les 400 avions du 3e Koku-Kantai, opérant depuis Honshu, harcelèrent sans relâche la Ve flotte. Menant des attaques conventionnelles ou de kamikazes, ils réussirent à couler le porte-avions d'escorte Bismarck Sea et à endommager l'USS Saratoga. Les attaques-suicides lancées par les Japonais à lwo Jima (après celles de Leyte et de Lingayen) devaient être d'une bien moindre ampleur que celles qu'allaient essuyer les Alliés pendant la bataille d'Okinawa. Précédés par des raids et de la TF-57 britannique et de la TF-58, les débarquements sur cette île eurent lieu le 1er avril 1945, les combats se prolongeant jusqu'au 22 juin suivant.

 

  

 

Entre-temps, les navires alliés firent l'objet de raids continuels de la part d'unités de kamikazes basées à Formose ou à Kyushu. Sur les 36 navires envoyés par le fond, 26 revinrent aux avions suicides japonais. Les dommages subis par chaque camp atteignirent une ampleur sans précédent dans la guerre du Pacifique. Les forces alliées perdirent 763 avions (dont 458 lors de combats), tandis que 48 025 de leurs hommes étaient tués, blessés ou portés manquants. La marine japonaise livra quant à elle ses derniers combats. Le 7 avril 1945, notamment, le cuirassé géant Yamamoto, un croiseur et sept de ses destroyers étaient coulés par les groupes aériens de la TF-58. Les pertes des forces aériennes de la marine et de l'armée nippones furent considérables. Entre le 1er avril et le 1er juillet 1945, la Marine impériale perdit 2 585 avions en opérations, et l'aviation de l'armée 4 225. Par ailleurs, 1 020 avions japonais furent détruits au sol.

 

 

Depuis mai 1942, la défense aérienne du territoire métropolitain incombait au 1er Kokugun, qui dépendait lui-même d'un grand quartier général de défense (Boei So Shireihu). Lui étaient rattachés les 17e Hikodan, 18e Hikodan et 19e Hikodan (basés à Tokyo, Osaka et Ozuki), ces derniers comprenant les 4e Sentaï, 5e Sentaï, 13e Sentaï, 244e Sentaï, 246e Sentaï et 248° Sentai (chasse) et le 47e Dokuritsu Hïkochutai (reconnaissance), tous équipés de Nakajima Ki-27b et Ki-43. En prévision d'une intensification des raids de B-29 sur le Japon à partir de la Chine, le Boei So Shireibu bénéficia de moyens accrus, les formations d'artillerie antiaérienne stationnées au Japon et le corps d'observation, ainsi que plusieurs Kokutai de la marine japonaise, lui étant désormais rattachés. Au 11, juillet 1944, un mois après le début des raids du XX Bomber Command contre la Mandchourie et le Japon, 320 chasseurs à peine - sur un total de 2 400 - étaient chargés de missions d'interception. Pris en main depuis peu par le général Kenji Yanamoto, le 1er Kokugun se composait dorénavant des 10e Hikoshidan, 18e Hikoshidan et 19e Hikoshidan. Face aux vagues de B-29 qui allaient déferler sur le Japon, les défenses japonaises devaient se révéler pratiquement impuissantes. Aucune collaboration réelle n'existait entre la marine et l'armée ; pour la plupart dépassés, les radars dont ces dernières disposaient avaient une faible portée et ne donnaient aucune indication d'altitude, tandis que les tactiques utilisées pour l'interception des avions ennemis variaient d'une unité à l'autre.

 

 

Du côté allié, à la date du 1er août 1944, le Général Willard F. Harmon assumait le commandement de toutes les forces aériennes basées à terre dans la zone du Pacifique, forces qui comprenaient, outre la 7th Air Force, des formations de l'US Navy et de l'US Marine Corps. Mais il devait également être responsable des opérations du XXI Bomber Command de la 20th Air Force à partir des îles Mariannes. Le premier B-29 arriva à Isley Field, à Saipan, le 12 octobre, et le premier raid sur le Japon eut lieu le 24 novembre, quand 111 quadrimoteurs prirent pour cible l'usine de moteurs Nakajima Musashi, de Musashino, près de Tokyo. La première mission du XXI BC devait cependant se solder par un échec. Sur l'ensemble des assaillants, en effet, seulement vingtquatre atteignirent l'objectif.

 

 

Opérer sur une distance de plus de 2 400 km au-dessus de la mer, souvent par mauvais temps et sans escorte de chasseurs, constituait, il est vrai, un véritable exploit. Les raids du XXI BC devaient en fait gagner en efficacité au cours des mois qui suivirent, Musashino, Kobe, Nagoya, Akashi et d'autres objectifs de types divers essuyant un grand nombre d'attaques diurnes, d'une précision croissante. La deuxième unité à gagner Tinian fut le 313rd Bomb Wing (6th, 9th, .504th et 505th Groups), qui entra en action en février 1945. A cette date, le XXI Bomber Command se trouvait déjà sous le commandement du General Curtis E, LeMay, qui devait diriger les premiers raids nocturnes sur les villes du Japon. Dans la nuit du 9 au 10 mars 1945, 334 B-29 prélevés sur les Wings 73, 313 et 314 déversèrent plusieurs milliers de bombes incendiaires sur l'agglomération de Tokyo. Le premier avion quitta Guam en fin d'après-midi, à 17 h 35, le rassemblement des formations d'attaque prenant près de trois heures. Les premières bombes tombèrent sur la banlieue de Tokyo peu avant minuit. Poussé par un vent violent, un gigantesque incendie ravagea plus de 47 km2, faisant 83 793 morts et 40 918 blessés (seuls 14 B-29 ne rentrèrent pas à leur base). Des raids nocturnes tout aussi dévastateurs furent lancés peu après sur Nagoya (les 11-12 et 19-20 mars), Osaka (les 13-14 mars) et Kobe (les 16-17 mars 1945). En l'espace de onze jours, le XXI BC effectua 1 595 sorties et largua plus de 9 000 t de bombes, rayant de la carte de nombreux quartiers des quatre plus grandes villes japonaises.

 

   

 

En avril, le XXI Bomber Command, engagé dans la bataille d'Okinawa, concentra ses assauts sur les aérodromes de Kyushu, l'île la plus méridionale de l'archipel nippon. Des chasseurs North American P-51D Mustang du VII Fighter Command, rejoints un peu plus tard par des P-47N Thunderbnlt, escortèrent les B-29 au-dessus du Japon à partir du 7 avril. La première mission de minage des eaux territoriales nippones fut conduite par les B-29 du Wing 313 dans la nuit du 27 au 28 mars. Guidés par leurs radars AN/APQ-13, les bombardiers arnéricains firent porter le gros de leurs efforts sur la zone du détroit de Shimonoseki. Cette campagne devait contribuer à paralyser encore davantage la machine de guerre japonaise. Un quatrième wing, le 58, arriva dans les Mariannes le 1er mai, pour accomplir son premier raid - sur Kure - deux jours plus tard. Un cinquième et dernier wing, le 315, doté de AN/APQ-7, entra en action en juin contre les raffineries de pétrole japonaises, tandis que LeMay reprenait ses bombardements contre les villes de l'archipel. Les pertes subies par l'aviation alliée face à la chasse japonaise furent de plus en plus faibles. Pendant toute la durée du mois d'avril 1945, 13 B-29 seulement furent abattus au cours de 3 487 sorties (soit un taux de pertes de 0,37 %).

Malgré la résistance acharnée opposée par les Japonais à Tarawa, Iwo Jima et Okinawa, les Alliés ne cessèrent de progresser. Les préparatifs de l'invasion du Japon furent entamés très tôt, les débarquements sur Kyushu et Honshu étant prévus respectivement pour le 1er décembre 1945 et le 1er mars 1946. Il ne faisait cependant aucun doute que le Japon, encore puissant militairement, continuerait à combattre avec acharnement. En plus des 2 300 000 soldats que comptaient ses forces régulières, il disposait potentiellement de 28 millions d'hommes en âge de porter les armes. Son aviation alignait encore, en métropole et en Chine, près de 12 000 avions (dont 5 000 kamikazes). Bien que le pays fût exsangue, que sa marine eût été réduite à néant et. sa flotte marchande décimée, ces forces étaient prêtes à résister. Par ailleurs, les négociations menées en vue d'obtenir une reddition restaient sans résultats. C'est dans ces conditions que le président Harry S. Truman autorisa, au nom du gouvernement américain, l'utilisation de bombes A, En prenant une telle décision, la Maison-Blanche escomptait écourter la guerre de plusieurs mois et, plus spécialement, contraindre le Japon à capituler avant que l'Union soviétique ne lui déclare la guerre.

 

   

 

Le 6 août 1945, à 9 h 15, le B-29-45-MO Enola Gay, du Colonel Paul W. Tibbets, commandant du 509th Composite Group, lâchait la bombe « Little Boy » d'une altitude de 9 600 m au-dessus d'Hiroshima. Utilisant les réactions de fission à base d'uranium 235 et pesant 4 170 kg, cet engin, dont la puissance explosive équivalait à 20 000 t de TNT, réduisit en cendres 12,700 km2 de la ville et provoqua la mort de plus de 70 000 personnes. Trois jours plus tard, le 9 août, à 10 h 58 heure locale, le B-29 du Major F. Bock larguait de 8 800 m au-dessus de Nagasaki une bombe A au plutonium de 4 540 kg baptisée « Fat Man ».

 

   

 

Le 15 août 1945, l'empereur Hirohito lisait à la radio le message annonçant la capitulation du Japon. L'acte de reddition final devait être signé à bord du cuirassé USS Missouri, dans la baie de Tokyo, le 2 septembre 1945.

 

   

 

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