Pacifique





LA BATAILLE DE GUADALCANAL

(Août 1942 - février 1943)





GUERRE D'USURE AUX ILES SOLOMONS

La victoire des Américains à Guadalcanal, en février 1943, constitua l'un des grands tournants de la guerre du Pacifique. Le Japon, qui n'avait pas réussi, en 1942, à remporter une victoire décisive sur les États-Unis, devait dès lors subir défaite sur défaite. Trop éloignées de leurs bases, les forces nippones furent délogées des Salomon, de la Papouasie et des Bismarck.

Le seul théâtre d'opérations véritablement important en 1942 et pendant une grande partie de 1943 fut une zone qui englobait l'archipel Bismarck, les îles Solomons et la Nouvelle-Guinée, vaste espace de terres et d'eaux, aux îles couvertes d'une épaisse végétation et d'une jungle en perpétuelle croissance, accablées par les pluies torrentielles de la mousson et la violence du soleil tropical. C'était le secteur de la South West Pacifie Area (SWPA), du Général Douglas MacArthur, formée en mars 1942 à la suite de la chute de l'ABDA, et qui contrôlait les forces américaines, australiennes et néo-zélandaises.

Dès que, en mars 1942, les Japonais eurent établi des bases sur la côte nord de la Papouasie, à Lae, Salamaua et Finschhafen, des bombardiers G4M1 de la 25e flottille, installés à Rabaul, effectuèrent des sorties quotidiennes sur la principale base alliée, Port Moresby, récupérant en cours de route, pour assurer leur couverture, des A6M2 de la base de Lae. En réponse, une force aérienne américano-australienne assura la défense du port, tenta de paralyser par des raids les bases japonaises de Papouasie, s'en prit aux convois de ravitaillement ennemis, et bombarda enfin à plusieurs reprises les aérodromes Vunakanau et Lakunai, à Rabaul. Cette force réunissait le 9th Group de la Royal Australian Air Force, auquel fut ensuite intégré le Squadron 6 (GR). avec ses Lockheed Hudson Mk III, le Squadron 22 (Douglas Boston Mk III). le Squadron 30 (Bristol Beaufighter Mk IC), et enfin le Squadron 100, équipé de Bristol Beaufort TB Mk II, tous basés à Moresby. Des Hudson furent souvent détachés à Horn Island). En juillet 1942, le Brigadier General George C. Kenney reprit les restes de la FEAF, qui devint, le 5 septembre, la 5th Air Force. A ce commandement étaient subordonnés le 3rd Bomb Group (léger). sur Douglas A-20B et A-24, le 22nd Bomb Group et le 38th Bomb Group (moyen), sur B-26B et B-25C, le 43rd Bomb Group (lourd), sur B-1 7F Fortress, et, enfin, les Bell P-39D et les Curtiss P-40F des 8th Fighter Group, 35th Fighter Group et 49th Fighter Group.

La défense de Darwin, dans le nord-ouest de l'Australie, était assurée par les Squadron 76 et Squadron 77 de la RAAF, équipés de Curtiss P-40E, et les Squadron 2, Squadron 12, Squadron 13 et Squadron 31 de la RAAF, dotés de Hudson Mk III et de Beaufighter, menant des actions contre Timor et dans la mer d'Arafura. L'ennemi essentiel dans cette zone était la 22e flottille.




Henderson Field - Guadalcanal

 

ARRIVEE des MARINES à GUADALCANAL

Les opérations dans le sud-ouest du Pacifique prirent une nouvelle tournure lorsque, le 21 juillet 1942 au matin, deux mille soldats japonais prirent pied sur les plages de Buna, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, avec pour mission de prendre à revers, par voie de terre, le bastion allié de Port Moresby. Les combats acharnés qui firent bientôt rage dans ce secteur devaient cependant être éclipsés par les débarquements américains dans les îles Solomons. Le 7 août, en effet, 9000 hommes de la 1ere division de Marines prenaient pied sur Tulagi et Guadalcanal, appuyés par les groupes aériens des porte-avions USS Saratoga, Wasp et Enterprise (Task Group 61.1 du Rear Admiral L. Noyes). A Tulagi, tandis que dans l'air un groupe de A6M2-N du Kokutai Yokohama était anéanti, les hommes de la garnison, encerclés par les troupes américaines, devaient combattre jusqu'au dernier (l'île tomba dans la soirée). Quant au corps expéditionnaire mis à terre à Lunga Point, sur l'île de Guadalcanal, il ne rencontra tout d'abord aucune résistance. L'objectif de la première contre-offensive alliée de la guerre du Pacifique était la prise de l'aérodrome de Guadalcanal (récemment construit par les forces nippones) ainsi que l'établissement d'un point d'appui dans les Solomons, à partir d'où Rabaul et les autres bases japonaises de l'archipel Bismarck pourraient être menacées.

Assurant la défense de Rabaul, la 25e flottille aérienne du contre-amiral Sadayoshi Yamada regroupait les 48 G4M1 du 4e Kokutai, basé à Vunakanau, les 15 Kawanishi H6K4 du transport d'hydravions Akitsushima et les 34 A6M Zero du Kokutai Tâinan. Le 7 août, à 9 heures, à l'annonce de l'attaque américaine, les 5e et 6e Koku Kushu Butai du Kokutai Tainan décollèrent de Rabaul et firent route vers Lunga Point, distant de 900 km. Repérés successivement par le poste d'observation de Bougainville et par le radar d'un navire américain, les avions japonais furent interceptés par les F4F-4 Wildcat des VF-5 et VF-6. Cinq Wildcat furent abattus par Hiroyoshi Nishizawa, du Kokutai Tainan, et Saburo Sakai, titulaire de plus de cinquante victoires, était blessé alors qu'il attaquait un groupe de bombardiers en piqué Dauntless du VB-6 au-dessus de Tulagi. Les pertes totales s'élevèrent à 11 F4F et SBD-3 du côté américain, et à 14 G4M1 et D3A1 - la plupart ne parvinrent pas à rentrer à leur base par manque de carburant - plus deux A6M du côté japonais. Le soir même, Rabaul reçut le renfort de neuf bombardierstorpilleurs G4M1 du Kokutai Mizawa, de la 26e flottille aérienne. Le 8 août au matin, un autre détachement de G4M1, opérant à partir de Kavieng et de Rabaul, s'en prit aux convois américains devant Lunga Point, avec de faibles résultats.





 

LA BATAILLE DE GUADALCANAL (7/8/42 - 9/2/43)

Au cours des cinq mois qui suivirent, la marine japonaise allait tenter sans relâche de déloger les Marines de Guadalcanal, la plupart des unités des 21e, 22e, 23e et 24e flottilles aériennes étant dépêchées à Rabaul et à Kavieng. Dès le mois de septembre 1942, le vice-amiral Nishizo Tsukahara, commandant du 1er Koku-Kantai, transféra son quartier général de Tinian à Rabaul pour y superviser les opérations. Débarquées sur Guadalcanal par une escadre de croiseurs, de destroyers et de transports, les troupes japonaises affrontèrent les Marines dans une des batailles les plus acharnées de toute la guerre du Pacitique. De nombreux engagements navals accompagnèrent les opérations terrestres et aériennes. Ainsi, dans la nuit du 8 au 9 août, près de l'île de Savo, quatre navires alliés (les USS Vincennes, Quincy et Astoria ainsi que le HMAS Canberra) furent envoyés par le tond par la marine nippone. Le 23 août, l'affrontement entre porte-avions dans les Salomon orientales se soldait pour les Japonais par la perte du Ryujo ; le 26 octobre, enfin, la Marine impériale réussissait à couler l'USS Hornet, mais au prix d'énormes pertes (200 de ses avions furent descendus par les Américains ou s'abîmèrent en mer, tandis que deux de ses porte-avions, le Zuiho et le Shokaku, étaient sérieusement endommagés).

Les batailles d'octobre 1942, qui prirent une ampleur sans précédent, mirent en évidence l'essoufflement des forces terrestres et aériennes japonaises. Les bombardiers en piqué américains (SBD-3 et TBF-1) intensifièrent leurs attaques contre les unités aériennes nippones de Guadalcanal, sans cesse renforcées. Dans le même temps, les Grumman Wildcat de l'US Navy et de l'US Marine Corps, appuyés par des P-38F, P-39D et P-40 de l'USAAF, ne laissèrent aucun répit aux 25e et 26e flottilles aériennes, qui assuraient la défense de Rabaul. Le 12 novembre, les groupes aériens de l'Enterprise (de retour dans le sud-ouest du Pacifique) coulaient les cuirassés Hiei et Kirishima au large de l'île de Savo. Le 4 janvier 1943, prenant acte de l'écrasante supériorité militaire des Américains dans le secteur, le grand quartier général japonais ordonnait à la XVIIe armée d'évacuer Guadalcanal, les forces américaines effectuant leur jonction dans le nord de l'île le 9 février. Ce succès devait coïncider avec la victoire des Alliés en Papouasie. A l'issue de combats acharnés, les Japonais, délogés de Buna, avaient été contraints de se replier sur leurs bases de Lae et de Salamaua, la menace qui pesait sur Port Moresby se trouvant ainsi levée. La Marine impériale nippone avait perdu dans la bataille de Guadalcanal un porte-avions, deux cuirassés, quatre croiseurs, onze destroyers, six sous-marins et 335 avions (avec un grand nombre de ses meilleurs équipages).

La supériorité en matière de forces aéronavales - qui constituaient désormais un facteur décisif de la guerre moderne - appartenait toujours à la marine japonaise, et ce, en dépit des énormes pertes que cette dernière avait subies dans la mer de Corail, à Midway et dans les Solomons orientales. Récemment réorganisé, le 3e Kantai, de l'amiral Nagumo, comprenait encore le Zuikaku, le Shokaku et le Zuiho (1er Kokusentai), mais aussi le Hiyo et le Junyo (2e Kokusentai). Armées en novembre 1942, deux bâtiments de ligne convertis en porte-avions légers, le Ryuho (15 300 t, 36 avions) et le Chuyo (20 000 t, 24 avions), devaient être utilisés dans des opérations de convoyage avec le Taiyo et l'Unyo. A la date du 9 novembre 1942, les forces aéronavales nippones disposaient de 1721 appareils, dont 465 embarqués.

Les unités d'attaque de première ligne étaient équipées de vieux Aichi D3A1 et Nakajima B5N2. Bénéficiant de divers perfectionnements, le Mitsubishi A6M continuait à surclasser les chasseurs américains (Grumman F4F et Curtiss P-40), mais plus pour longtemps. Avec son nouveau compresseur, le moteur Nakajima NK1F de 1130 ch conférait au A6M3 une vitesse maximale de 545 km/h à 6 000 m d'altitude, cet appareil bénéficiait en outre d'une puissance de feu accrue. Si le A6M3 modèle 22 comportait une voilure standard, le modèle 32, désigné « Hamp » par les Alliés, était pourvu d'ailes rognées bien caractéristiques. Un nouveau chasseur, le bimoteur Nakajima J1N1 Gekko « Irving », devait cependant entrer en service un peu plus tard, en 1943, au sein du 251e Kokutai, basé à Rabaul. Quant aux unités de bombardement de la marine japonaise, elles ne mettaient en oeuvre que des Mitsubishi G4M1 « Betty » et des Mitsubishi G3M3 « Nell ».

Enfin, le nombre d'avions de première ligne dont disposait l'aviation de l'armée de terre japonaise, désormais subdivisée en armées aériennes réparties entre le Japon, la Chine, la Mandchourie, la Birmanie, Sumatra et la Malaisie, s'élevait, en novembre, à 1 642. Recourant pour la première fois à une telle extrémité, le grand état-major impérial demanda à cette aviation de prêter main-forte aux forces aéronavales japonaises pendant les derniers jours de la bataille de Guadalcanal. Le commandant de la VIII, armée, le général Hitoshi Imamura, fut envoyé à Rabaul pour prendre le commandement de la XVIIe armée, à Guadalcanal, et de la nouvelle XVIIIe armée, en Nouvelle-Guinée. Le 27 novembre 1942, une nouvelle unité, le 6e Hikosidan, regroupant les chasseurs Nakajima Ki-43 des 1er et 11e Sentai (12e Hikodan), les bombardiers légers Kawasaki Ki-48 des 45e et 208e Sentai ainsi que les avions de reconnaissance rapide Mitsubishi Ki-46 du 76e Dokuritsu Hikochutai, était constituée à Rabaul. Les chasseurs de l'armée devaient participer à leurs premiers combats le 5 janvier 1943.

 

  

 

NOUVEAUX MATERIELS

La guerre du Pacifique connut son tournant en 1943. Pour le Japon, la situation était hélàs irrémédiablement compromise, l'empire du Soleil-Levant n'ayant pas réussi, l'année précédente, à remporter une victoire décisive sur les États-Unis, dont le potentiel militaire se renforçait de jour en jour. Les meilleurs équipages de ses forces aériennes étaient, pour la plupart, tombés au combat ; les pilotes qui avaient survécu aux grandes batailles de 1942 dirigeaient (ou instruisaient) désormais des recrues de valeur inégale. Pour ce qui concernait la seule production d'avions, le Japon était largement distancé par les Etats-Unis, dont les forces militaires combattaient pourtant sur deux fronts - dans le Pacifique et en Afrique du Nord. En 1942, alors que 49 445 avions étaient sortis des usines américaines, le Japon n'en avait prouit que 8 861 ; l'année suivante, les chiffres des productions américaines et nippones furent respectivement de 92 196 et 16 693. les pilotes de l'USAAF, de l'US Navy et de l'US Marine Corps étaient entraînés de façon intensive, tandis que leurs appareils (des Vought F4U-1 Corsair, Grumman F6F-3 Hellcat et Curtiss SB2C Helldiver) surclassaient enfin leurs homologues japonais. Une nouvelle génération de porte-avions - des bâtiments de la classe Essex, déplaçant 27 100 t et d'une capacité de cent dix avions - allait paraître en juin 1943.

Face au Japon, les orientations stratégiques adoptées par les Alliés varièrent au fil des mois. Une directive des chefs d'état-major généraux en date du 2 juillet 1942 prévoyait la prise de Tulagi et de Guadalcanal, puis l'occupation des Solomons et du nord de la Papouasie et, enfin, la chute de Rabaul. Les objectifs furent confirmés en janvier 1943 à la conférence de Casablanca, au cours de laquelle les Américains établirent un nouveau plan concernant l'ensemble du Pacifique. l'US Navy ayant aussi pour tâche de chasser les Japonais des Aléoutiennes et de progresser dans le Pacifique central jusqu'à la ligne Guam-Truk. La division des forces,-due à la structure bicéphale du haut commandement américain dans le Pacifique, ne fut pas sans occasionner certains problèmes.

Le Général MacArthur, commandant en chef de la région sud-ouest du Pacifique (South West Pacifie Area, ou SWPA), entretenait en effet des relations difficiles avec l'Admiral Nimitz, qui, en tant que responsable du théâtre de l'océan Pacifique (Pacifie Océan Area, ou POA), en dirigeait les opérations dans le nord, le centre et le sud-est. Ce ne fut pas avant les conférences Trident et Quadrant, en mai et août 1943, qu'un plan cohérent, prenant en compte les vues de chacun, put voir le jour. Selon ce nouveau projet, deux grandes offensives devaient être lancées, l'une dans le sud-ouest du Pacifique (elle était en fait déjà entamée), l'autre au centre. L'Admiral Nimitz allait superviser les opérations contre les îles Gilbert, Marshall, Carolines et Mariannes, avec pour objectif d'y établir des bases aériennes à partir desquelles le Japon pourrait être bombardé. Quant à MacArthur, il devait se charger de déloger les Japonais de Nouvelle-Guinée, d'occuper les Célèbes et de prendre pied sur Mindanao.

 

  

 

LA BATAILLE DES SOLOMONS

Les unités aériennes américaines à Guadalcanal furent placées sous le commandement du Commander Air Solomons (ComAirSols), le Général Geiger, à qui devaient succéder Woods et Mulcahy. Des formations de l'US Navy et de l'US Marine Corps équipées de F4F-4 et de Douglas SBD arrivèrent les premières dans l'île (les VMF-223 et VMF-232, le 20 août ; les VS-5 et VB-6, basées jusque-là sur l'USS Enterprise, le 24 août ; enfin, les VMSB-231 et VMF-224, le 30 août). L'USAAF ne dépêcha tout d'abord à Guadalcanal qu'un seul de ses squadrons, le 67th Fighter Squadron / 347th Fighter Group, du Major Dale Brannon, dont les Bell P-40 se posèrent à Henderson Field dès le 22 août. Les éléments embarqués de l'USS Saratoga (les VT-8, VMSB-141 et VMF-121) allaient être envoyés en renfort dans l'île au cours du mois de septembre, suivis du VMF-212 et du 339th Fighter Squadron / 347th Fighter Group de l'USAAF (celui-ci étant équipé des premiers P-38F), au mois d'octobre. Progressivement remplacées, en fonction de leurs pertes, ces forces devaient recevoir un appui précieux de la part des Consolidated PB4Y-1 du VMD-154 et des Consolidated PBY-5A du VP-12, implantés à Espiritu Santo, dans les Nouvelles-Hébrides. En novembre 1942, la 25e flottille aérienne de la marine japonaise, décimée, dut quitter Rabaul pour regagner le Japon. Elle devait être relevée par des éléments des 21e et 22e flottilles, en provenance des Marshall et des Mariannes. Les A6M3 du 204e Kokutai et les bombardiers en piqué D3A2 du 582e Kokutai étaient installés dans les îles de Kahili et Ballale, tandis que les bombardiers G4M1 du 705e Kokutai avaient récemment gagné Kavieng et Buka, en Nouvelle-Irlande. Pour maintenir à environ deux cent vingt le nombre des avions qui assuraient la défense de Rabaul, des éléments des 23e et 24e flottilles furent régulièrement envoyés en renfort en Nouvelle-Bretagne. Toutes ces forces étaient placées sous le commàndement du vice-amiral Jinichi Kusaka, qui remplissait à la fois les fonctions de commandant du 1er Koku-Kantai et celles de chef de la flotte de la zone sud-est.

Du côté américain, le Commander Air Solomons allait bénéficier de l'appui de la 5th Air Force et, à partir de décembre 1942, de celui de la nouvelle 13th Air Force, dont les Boeing B-17F étaient basés en NouvelleCalédonie et dans les Nouvelles-Hébrides. Les opérations menées par les Américains revêtirent les aspects les plus divers, depuis des raids de chasse et de bombardement sur les Solomons et la Nouvelle-Guinée jusqu'aux attaques anti-navires et aux opérations de minage des principales bases navales japonaises. C'est à cette époque que le F4U-1 Corsair fit ses débuts. Armé de six mitrailleuses et doté d'un moteur en étoile R-2800-8 de 2 000 ch (1491 kW), cet appareil lourd, mais remarquablement manoeuvrable, atteignait une vitesse maximale de 670 km/h à 6 100 m d'altitude. Il fut le premier chasseur allié entré en service dans le sud-ouest du Pacifique à être capable de surclasser le redoutable Mitsubishi A6M au combat.

En prélude à la reconquête des Salomon occidentales, les forces américaines débarquèrent à Banika et à Pavuvu, sur l'île de Russell, le 21 février. De là, l'aérodrome japonais de Munda, en Nouvelle-Géorgie, pouvait facilement être attaqué, la situation du détachement des forces aéronavales nippones qui y stationnaient devenant vite intenable. Jouissant de la maîtrise de l'air dans ce secteur, l'aviation alliée intercepta, le 3 mars, dans la mer de Bismarck, un convoi qui transportait de Rabaul à Lae la plus grande partie de la 51e division japonaise. Les chasseurs d'assaut Bristol Beaufighter Mk VIC de la RAAF, aidés des B-17, B-25 et Douglas A-20 des 3rd Bomber Group, 38th Bomber Group et 43rd Bomber Group américains, attaquèrent l'armada nippone avec détermination : sur seize navires, quatre destroyers seulement réussirent à fuir. Le même jour et le lendemain (4 mars), des combats d'une rare violence firent rage d'ans les airs, de lourdes pertes étant infligées au 253e Kokutai (A6M3) et aux ler Sentai et 11e Sentai (Nakajima Ki-43). Les Alliés ne perdirent pour leur part que trois P-38 et une Fortress. Le général Imamura, commandant des XVIIe et XVIIIe armées nippones, ne devait plus jamais tenter de renforcer ses garnisons de Nouvelle-Guinée au moyen de grands convois de navires.

 

  

 

L'OPERATION I-Go

Devant la dégradation de la situation des forces japonaises dans le sud-ouest du Pacifique, l'amiral Isoroku Yamamoto gagna Rabaul le 3 avril 1943 pour mettre sur pied l'opération I-Go, une offensive aérienne de grande envergure destinée à anéantir l'aviation alliée dans les Solomons. La garnison de Rabaul ayant déjà été renforcée avec la 25e flottille aérienne, Yamamoto commença par transférer les groupes aériens des 1er, et 2e Kokusentai (au total, 96 A6M, 65 D3A1 et 15 B5N2) de Truk à Rabaul et à Kavieng. Précédée par des raids massifs de chasseurs, qui donnèrent lieu à de gigantesques batailles aériennes à plus de 7 000 m, l'opération I-Go commença le 7 avril, lorsque 110 A6M et 67 D3A attaquèrent des navires alliés au large de Guadalcanal et de l'île de Savo. 76 chasseurs du ComAirSols, parmi lesquels figuraient des P-40N de la RNZAF, affrontèrent les assaillants. D'autres combats eurent lieu pendant les cinq jours qui suivirent : le 11 avril, plus de 150 avions japonais fondirent sur des bâtiments au large d'Oro Bay, au sud de Buna ; le lendemain, enfin, une escadre de 200 appareils prit pour cible Port Moresby. Les Japonais devaient prétendre avoir coulé un croiseur, deux destroyers et vingt-cinq navires de transport, et revendiquèrent la destruction de 134 avions alliés. En fait, trois bateaux seulement furent envoyés par le fond, et moins de 20 appareils ne rentrèrent pas à leur base. Une fois leur mission accomplie, les ler et 2e Kokusentai regagnèrent Truk.

Si l'opération I-Go n'influa guère sur le cours des hostilités, la disparition de l'amiral Yamamoto, quelques jours plus tard, devait en revanche nuire considérablement aux Japonais. Le 17 avril, en effet, un message radio codé annonçant que l'amiral nippon se rendrait à Ballale le lendemain à 9 h 45 fut décrypté par le service du chiffre de l'US Navy ; cette information fut immédiatement transmise au Rear Admiral Halsey. A Guadalcanal, dix-huit pilotes des 12th Fighter Squadron, 70th Fighter Squadron et 339th Fighter Squadron (équipés de Lightning) durent se tenir prêts à intercepter l'avion de Yamamoto.

Conduits par le Major John Mitchell, ils allaient devoir parcourir à basse altitude les 650 km qui les séparaient de la zone de leur objectif. L'opération fut menée de main de maître. Le 18 avril, à 9 h 35, les aviateurs américains aperçurent deux G4M1 escortés par neuf A6M3 à 55 km au nord-ouest de Kahili. Deux d'entre eux abattirent les « Betty », tandis que le reste du groupe s'en prenait aux « Zeke », un seul P-38 ne rentrant pas à sa base. Un rapport des services de renseignements devait révéler par la suite que l'amiral Yamamoto - probablement le plus grand stratège japonais du moment - avait bel et bien péri au cours de la destruction de son appareil. L'amiral Mineichi Koga lui succéda à la tête du Rengo Kentai.

 

LA RECONQUÊTE DE LA NOUVELLE GUINEE

Les effectifs des forces aériennes alliées dans le sud-ouest du Pacifique étaient désormais impressionnants. A la date du 1er avril 1943, la RAAF disposait à elle seule de 1 441 avions pour mener ses opérations offensives au-dessus de Timor, de la Nouvelle-Bretagne, de la Nouvelle-Irlande et des Solomons. La 5th Air Force mettait quant à elle en oeuvre 772 appareils. Au lendemain de la chute de Buna, en janvier 1943, les forces de MacArthur poursuivirent leur progression le long de la côte nord-est de la Nouvelle-Guinée. Affaiblies, les forces aéronavales nippones basées à Rabaul devaient recevoir en renfort, dans les mois qui suivirent, un nombre important d'avions de l'armée de terre.

Dès le 12 avril, sur l'ordre d'Imamura, le 6e Hikoshidan fut envoyé en Nouvelle-Guinée ; il fut suivi, trois mois plus tard, par le 7e Hikoshidan (général Einosuke Sudo), installé jusque-là dans le secteur Timor Célèbes. Les deux divisions, qui regroupaient 385 avions, furent rattachées à la nouvelle IV, armée aérienne (Kokugun), dont le quartier général était établi à Wewak, à 300 km au nord-ouest de Lae. Un certain nombre de nouveaux appareils japonais entrèrent en service à ce stade de la guerre, la plupart d'entre eux recevant leur baptême du feu audessus de la Nouvelle-Guinée. Le Kawasaki Ki-61 Hien « Tony » et le Kawasaki Ki-45 Toryu « Nick », notamment, firent leur entrée en scène au moment des combats pour Lae. Quant aux Nakajima Ki-49 « Helen » détectés par les Alliés sur les aérodromes de But et de Dagua, près de Wewak, ils vinrent épauler les vieux Kawasaki Ki-48 et Mitsubishi Ki-21.

Préalablement au débarquement à Lae, la 5th Air Force lança une offensive générale contre le secteur de Wewak, le 17 août 1943. Pendant plus de deux semaines, les B-17 et B-24, appuyés par des B-25 armés de huit mitrailleuses et de bombes à fragmentation, pilonnèrent sans relâche les aérodromes du 4e Kokugun. Certaines formations nippones furent ainsi totalement anéanties. Le 4 septembre 1943, les troupes de Mac Arthur débarquaient sur les plages du golfe de Huon et prenaient Lae. Le lendemain, 1 770 parachutistes étaient lâchés au-dessus de Nadzab par 84 Douglas C-47 du 54th TCW. Progressant vers le nord, le long de la côte, le corps expéditionnaire américain s'empara de Finschafen le 22 septembre. Une fois les bases japonaises du golfe de Huon tombées, les Américains purent entreprendre la reconquête de la proche Nouvelle-Bretagne, Arawe, sur la côte sud de l'île, étant pris le 15 décembre. Quinze jours plus tard, resserrant leur étau autour de Rabaul, le dernier bastion japonais du sud-ouest du Pacifique, les forces de MacArthur prirent le contrôle du cap Gloucester et de Saidor

 

 

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