Front de l'Est





LA GUERRE AERIENNE à L'EST

 

 

L'UKRAINE et LENINGRAD

La défaite des Allemands à Koursk, en juillet-août 1943, constitua le tournant dela guerre sur le front de l'Est. Jusque-là, la Wehrmacht n'avait jamais été vaincuelors d'une campagne d'été. Une longue série de revers, voire de débâcles,attendait désormais les armées de Hitler.

 

Au lendemain de leur victoire à Koursk, les armées soviétiques, continuant sur leur lancée, entreprirent la reconquête de l'Ukraine. Après avoir chassé les Allemands du bassin du Don, elles libérèrent coup sur coup Kharkov, Melitopol, Zaporojie et Krivoï Rog. Cette marche triomphale devait être couronnée par la prise de la ville de Kiev, le 6 novembre 1943. En octobre, les fronts soviétiques de Voronej, de la Steppe, du Sud-Ouest et du Sud furent rebaptisés respectivement ler, 2e, 3e et 4e fronts d'Ukraine. Les armées aériennes (Vozdouchnié Armii) chargées d'appuyer ces forces terrestres disposaient de plus de 2350 appareils. A ces différents fronts correspondaient la 2e VA (général S.A. Krassovski), la 5e VA (général S.K. Goriounov), la 17e VA (général V.A. Soudiets) et la 8e VA (colonel-général T.T. Khrioukine). A ce stade de la guerre, les VA soviétiques étaient pourvues en moyenne d'environ sept cents avions. A la veille de l'offensive contre Kiev, au début du mois de septembre 1943, la 16e VA du général Roudienko, par exemple, alignait 263 chasseurs Yakovlev Yak-1 et Lavotchkine La-5FN, 150 avions d'appui rapproché Iliouchine Il2m3, 183 bombardiers de jour Petliakov Pe-2, 130 bombardiers moyens de nuit Iliouchine Il-4 (DB-3F) et 14 machines de reconnaissance. Le nombre des appareils d'une VA variait en fonction de l'importance stratégique de la section de front sur laquelle elle était engagée. Chacune d'elles avait son propre état-major, ses bataillons de transmissions, d'armement et de maintenance, en plus de ses régiments aériens et de ses unités antiaériennes.

 


Les VA ayant été créées sur le modèle des Fliegerkorps de la Luftwaffe, la mobilité constituait un de leurs traits essentiels. Utilisées avant tout à des fins tactiques, elles recevaient directement leurs ordres des commandants de front, des éléments de la défense antiaérienne du pays (P-VO Strany) et de l'aviation à long rayon d'action (ADD) leur étant parfois adjoints. Le bombardement stratégique ne joua cependant qu'un faible rôle sur le front de l'Est, la V-VS comme la Luftwaffe n'y recourant que rarement. La guerre aérienne mit surtout aux prises des chasseurs, des avions d'appui rapproché et des bombardiers moyens, la reconnaissance tactique tenant par ailleurs une grande place. Pour ce qui concernait l'attaque au sol, la V-VS disposait de redoutables machines avec les Il-2 et Il-2m3, hantise des blindés allemands, tandis que le bombardement revenait au Pe-2. La supériorité qualitative de la chasse allemande, enfin, s'amenuisait avec la mise au point par les firmes Lavotchkine et Yakovlev d'appareils toujours plus performants.

 

Campagne à l'Est

 

L'Armée rouge sur le Dniestr

A la veille de Noël 1943, le ler front d'Ukraine, qui regroupait la Ire armée blindée et la 11e armée, passa à l'offensive dans le secteur de Berditchev et Kazatine, à l'ouest de Kiev. Appuyé par les Il-2 et les La-5FN de la 2e VA (général Krassovski), il allait affronter la IVe armée blindée allemande. La troisième campagne d'hiver de l'Armée rouge commençait. La Wehrmacht se trouva vite en fâcheuse posture, le XLVII. Panzerkorps échappant de peu à l'encerclement à Kirovograd le 8 janvier. Mais, quinze jours plus tard, 56 000 hommes des 57e, 72e et 88e divisions d'infanterie furent pris au piège avec la 17. Panzerdivision dans la poche de Tcherkassy, entre Kisyanka et KorsounChevtchenkovski. Des bombardiers Heinkel He 111H-6 - hâtivement adaptés - et des avions de transport Junkers Ju 52/3m larguèrent chaque jour entre 100 et 185 t de vivres et de matériel dans les pires conditions météorologiques et sous la pression constante de la chasse soviétique. Si une partie des forces encerclées parvint à se dégager le 16 février, plus de 25 000 soldats allemands devaient cependant être faits prisonniers.


En janvier 1944, le nombre d'avions allemands qui opéraient sur le front de l'Est avoisinait 1800 (soit 41 % du nombre total des appareils de la Luftwaffe). Les commandements restaient inchangés : le Fliegerführer Nord (Luftflotte V), en Laponie finlandaise ; la 3. Fliegerdivision de la Luftflotte I autour de Leningrad ; la 1. Fliegerdivision dans le Centre ; et, dans le Sud, les I. et VIII. Fliegerkorps, le Corpul 1 Aerian roumain et le Fliegerführer Krim (Crimée), dépendant de la Luftflotte IV.


Entre janvier et mars 1944, les quatre fronts soviétiques d'Ukraine repoussèrent les Allemands derrière le Boug, puis atteignirent le Dniestr, dernière barrière naturelle avant la frontière roumaine, et les monts des Carpates. Dans l'intervalle, l'Armée rouge avait repris l'initiative dans le secteur du groupe d'armées Nord, sur la ligne Leningrad-Kholm-Demiansk.

 

 

La libération de Leningrad

Le 14 janvier 1944, le front de Leningrad du général L.A. Goronov passait à l'offensive, la XLIIe armée prenant à revers les forces allemandes qui assiégeaient Leningrad, tandis que la II, armée d'assaut faisait mouvement vers l'est à partir d'Oranienburg. Le même jour, le front du Volkhov (général K.A. Merietskov) surgissait sur le flanc de la XVIIIe armée allemande, dans le secteur de Novgorod. L'appui aérien du front de Leningrad fut assuré par la 13e VA du général S.D. Rybaltchenko (constituée en novembre 1942, elle regroupait la 275e IAD, la 276e BAD et la 277e BAD), les forces du Volkhov disposant pour leur part de la 14e VA du général I.P. Jigariev, laquelle comprenait les 278e et 279e IAD, la 280e BAD et la 281, ChAD. Un troisième front, le 2e front de la Baltique, bénéficiait, quant à lui, de l'appui de la 15e VA, le 2e GvIAK, de la défense antiaérienne, et les unités aériennes de la flotte de la Baltique « Drapeau rouge » (V-VS KBF) étant également disponibles. Au total, plus de mille cinq cents appareils allaient participer à l'offensive. A ces forces faisait face la 3. Fliegerdivision de la Luftflotte I(à Pleskau) avec 325 appareils de combat, les unités de soutien rapproché (II./SG 1, I. et II./SG 3 et I./SG 5) étant basées à Weseburg, Pleskau et Dno. De leur côté, les Nachtschlachtgruppen 1, 3 et 11 opéraient à partir d'Idrizza, Pleskau et Jôhwi, tandis que les Messerschmitt Bf 109G-6 du II./JG 5 et les Focke-Wulf Fw 190A-5 des I. et IV./JG 54 étaient stationnés à Dorpat et à Wesenburg.

 


La II, armée d'assaut et la XLIIe armée soviétiques effectuèrent leur jonction le 14 janvier 1944 près de Krasnoié Siélo, libérant du même coup Ropcha et coupant la route de Novgorod. Entre le 21 et le 29 janvier, Pouchkine, Liouban et Tchoudovo étaient libérés à leur tour. L'acheminement de vivres à la population de Leningrad put être menée par voie ferrée pour la première fois depuis septembre 1941. Maintenant sa pression, l'Armée rouge entra dans Louga, Staraia Rossiia et Porkhov, entre le 12 et le 26 février, infligeant de lourdes pertes aux forces du groupe d'armées Nord. Dans le ciel, les combats furent particulièrement âpres, plusieurs unités de la V-VS se comportant de façon remarquable. Des citations furent attribuées à la 275, IAD (colonel A.A. Matveiev) ainsi qu'aux 9e et 277e ChAD. La 3. Fliegerdivision perdit un grand nombre de pilotes, dont le Major Siegfried Schnell, Kommandeur du IV./JG 54 et titulaire de quatre-vingt-treize victoires, qui périt lors d'un engagement contre des Yak-9 au-dessus de Narva, le 25 février 1944.

 

 

La chasse allemande mise à mal

La supériorité de la chasse allemande avait été ébranlée pendant les batailles du Kouban et de Koursk ; les chasseurs de la Luftwaffe qui opéraient en Union soviétique au printemps de 1944 n'étaient plus assez nombreux pour couvrir la retraite des diverses armées terrestres. Au 1er mars, à peine trois cent vingt-cinq chasseurs allemands étaient répartis le long du front qui, de la Laponie finlandaise à la Crimée, courait sur plus de 2 900 km. En plus du Fliegerführer Nord (Luftflotte V), seuls les Stab. et III./JG 5 continuaient à se battre dans la partie septentrionale de la Norvège, tandis que des éléments du JG 51 (relevant de la Luftflotte VI) se trouvaient sur le secteur central du front de l'Est. Malgré leur infériorité numérique alarmante, les unités de chasse allemandes continuèrent à combattre avec acharnement, plusieurs de leurs pilotes ajoutant de nouvelles victoires à leurs palmarès déjà impressionnants. Mais, au cours de l'automne de 1943, l'Oberleutnant Hans Gôtz (82 victoires), du 2./JG 54, et le Leutnant Heinrich Hüfmeier (96 victoires), du I./JG 51, furent tués, tandis que le Hauptmann Max Stotz (189 victoires), du 5./JG 54, était porté disparu près de Vitebsk le 19 août. Enfin, le Hauptmann Heinz Schmidt (173 victoires), du 6./JG 52, fut descendu audessus de Markor le 5 septembre.

 


La chance, cependant, continua parfois à sourire à la Luftwaffe. Le Jagdgeschwader 51 « Mölders » inscrivit à son actif sa sept millième victoire le 15 septembre 1943 ; le Leutnant Erich Hartmann, du 9./JG 52, remporta sa centième victoire le 20 septembre, et le Major Gunther Rall, du III./JG 52, sa deux cent cinquantième le 28 novembre. Quant à l'Oberleutnant Walter Novotny, du I./JG 54, il abattit son deux centième appareil ennemi le 4 septembre, et franchit la barre des 250 six semaines plus tard. Le Major Gerhard Barkhorn s'illustra à la tête du II./JG 52 au-dessus de la Crimée, tandis que le Jagdgeschwader 54 « Grünherz » opposait une âpre résistance à la V-VS dans le secteur de Leningrad-Narva, des pilotes tels que Kittel et Lang remportant de nombreux succès. Son Kommodore, l'Oberstleutnant Hubertus von Bonin, périt dans un engagement près de Vitebsk le 21 décembre 1943, le commandement du Geschwader revenant au Major Anton Mader. Le 23 mars 1944, l'Oberleutnant Albin Wolf décrochait la sept millième victoire du JG 54. Dans les derniers mois de la guerre, les pilotes de la Luftwaffe qui avaient eu la chance de survivre allaient devoir affronter chaque jour des vagues toujours plus nombreuses de Yak-7B, Yak-9, La5FN et MiG-3. Au début de l'année 1944, la V-VS disposait d'appareils qui soutenaient la comparaison avec les Messerschmitt Bf 109G-6 et les Focke-Wulf Fw 190A-6, tant en ce qui concernait la puissance que la maniabilité, et les pilotes soviétiques se montraient de plus en plus combatifs. Le remplacement des Junkers Ju 87D par des Fw 190 donna pendant un court laps de temps un second souffle à la Luftwaffe ; en plus de leurs missions antichars et d'appui rapproché, de nombreux Schachtflieger s'illustrèrent dans des combats contre la chasse ennemie, à laquelle ils infligèrent de lourdes pertes.

 

 

Prélude au désastre

Au 1er mars 1944, les fronts d'Ukraine soviétiques avaient atteint une ligne courant, du nord au sud, des marais du Pripet à Koviel et de là au Dniepr, au sud-ouest de Krivoi Rog. Les différents groupements allemands qui leur faisaient face étaient répartis entre le groupe d'armées Sud (von Manstein) et le groupe d'armées A (von Kleist). L'offensive de printemps de l'Armée rouge sur ce théâtre d'opérations débuta le 4 mars lorsque le 1er front d'Ukraine de Vatoutine s'engouffra dans la brèche séparant les IIIe et IVe armées blindées allemandes. La IIIe armée blindée soviétique fit, de son côté, mouvement, plein sud, vers Chepietovka et Proskourov. Le lendemain, la XIIIe armée attaquait dans le secteur de Loutsk-Doubno. Pour endiguer la débâcle de ses troupes, Hitler ordonna par le Führerbefehl 11 du 8 mars 1944 que les principales cités d'Ukraine occidentale (Tarnopol, Proskourov, Koviel, Brody, Vinnitsa et Permovaïsk, entre autres) fussent transformées en camps retranchés. Ces villesforteresses allaient constituer l'un des faits marquants des dernières semaines de la guerre à l'Est, les efforts déployés par la Wehrmacht pour tenir ses positions se soldant en général par de terribles pertes en hommes et en matériel. Le temps des grandes batailles de blindés, qui avaient caractérisé les années 1941-1943, était révolu. Le plus souvent enterrés, les chars allemands affrontaient désormais en position défensive les colonnes de blindés soviétiques.


Von Kleist et von Manstein furent relevés de leurs commandements par Hitler le 30 mars, le groupe d'armées Sud étant placé sous les ordres du Generalfeldmarschall Walter Model, tandis que le groupe d'armées A revenait au Generaloberst F. Schôrner. Entre le 25 mars et le 11 avril 1944, les Allemands furent rejetés sur la ligne du Dniestr. Certaines de leurs unités furent coupées du reste du front ; à Tarnopol, notamment, seuls cinquante-trois sur les quatre mille hommes constituant la garnison réussirent à fuir. Le dernier soldat allemand franchit le Dniestr dans la nuit du 14 au 15 avril. A la fin du mois, lorsque les fronts d'Ukraine interrompirent leur avance, le territoire ukrainien tout entier était libéré.

Du nord au sud, le front longeait le cours de la rivière Pripet, à moins de 100 km à l'est de Brest-Litovsk, sur la frontière germanosoviétique de 1939, puis, passant par Koviel, Brody, Tarnopol et Kolomya, s'étirait jusqu'à Iassy, sur la frontière roumaine, au pied des Carpates pour, enfin, atteindre les rives de la mer Noire à 40 km au sud d'Odessa.

 

He 111


L'Armée rouge reprit sa progression - cette fois en Crimée - le 4 avril 1944 ; ce jour-là, le 4e front d'Ukraine (Tolboukhine) et l'armée côtière autonome (Ieriemienko) attaquèrent la XVIIe armée allemande à partir de Periekop et Kertch, appuyées par la 4e VA (K.A. Verchinine) et la 8e VA (T.T. Khrioukine), ainsi que par des unités de l'ADD et de la V-VS TchF (flotte de la mer Noire). Les formations du Fliegerführer Krim ne disposaient plus que de 160 avions dépareillés (dont seulement 85 étaient opérationnels), la couverture des forces terrestres n'étant plus assurée que par le IL/JG 52 et le 49.JSt roumain basés à Gramitivo et à Saki, le 15./JG 52, stationné à Karankout, et les Fw 190 des II. et III./SG 2. En l'espace de dix jours, 13 121 soldats allemands et 17 652 soldats roumains furent tués ou faits prisonniers. Dans la première semaine du mois de mai, lorsque l'évacuation des troupes de l'Axe commença, 64 700 hommes furent encore pris au piège dans Sébastopol. L'Armée rouge réduisit la dernière poche allemande le 13 mai, les derniers Ju 52/3m et Me 323L) laissant derrière eux 26 700 soldats, qui tombèrent aux mains du vainqueur. La Luftwaffe perdit plus de 250 appareils lors de cette brève mais sanglante campagne.

 

 

Avant de lancer sa grande offensive de l'été 1944, l'Armée rouge veilla à prévenir toute contre-offensive dans le secteur de Leningrad. Engagées sur le front de Carélie, les XXIe et XXIIe armées soviétiques pouvaient bénéficier de l'appui de la 13, VA et du 2, Gv.IAK de la défense antiaérienne (P-VO Strany) qui, ensemble, alignaient 757 avions. A ces derniers faisaient face les 360 appareils de la force aérienne finlandaise (Ilmavoimat). Les Soviétiques occupèrent la Carélie le 10 juin 1944, après que la V-VS eut, la veille, mené un assaut aérien dévastateur. Quand la XXIE armée enfonça les défenses du 41corps finlandais, la Luftwaffe dépêcha à Immola un petit détachement de Junkers Ju 87D-5, Bf 109G-6 et Fw 190A-5, le Gefechtsverband Kuhlmey. Chargé d'appuyer les forces terrestres finlandaises, ce dernier effectua 940 sorties le 21 juin, mais sans grands résultats. Les combats aériens s'intensifièrent, chacun des deux camps subissant de lourdes pertes. La ville clé de Vyborg (en finnois, Vüpuri) tomba le 20 juin 1944. Moins de trois mois plus tard, le 4 septembre, un cessez-le-feu mettait officiellement fin aux hostilités entre la Finlande et l'Union soviétique.

 

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