Front de l'Est





LA GUERRE AERIENNE à L'EST

 

 

La tête de pont du KOUBAN

Si la défaite des Allemands à Stalingrad porta un coup terrible aux forces del'Axe, elle ne constitua pas pour autant le tournant de la guerre à l'Est.La Wehrmacht demeurait en effet puissante, tandis que la Luftwaffe conservaitglobalement la maîtrise de l'air.

 

En novembre 1942, à. la veille de la contre-offensive soviétique à Stalingrad, 2 450 appareils de la Luftwaffe (sur un total de 3 950, soit 62 %) étaient basés à l'Est. Les forces aériennes soviétiques, désormais commandées par le général A.A. Novikov (sa nomination remontait à avril 1942), alignaient de leur côté 7 500 avions, répartis entre treize armées aériennes (affectées chacune à un secteur du front), l'aviation à long rayon d'action (ADD) du général A.I. Golovanov, la détênse aérienne (IA P-VO Strany) et les unités aéronavales des flottes du Nord, de la Baltique et de la mer Noire (V-VS SF, KBF et TchF). A l'avantage numérique des V-VS, la Luftwaffe opposait encore, à ce stade de la guerre, la supériorité de ses appareils, de son armement et de sa tactique. Mais l'écart entre les deux camps en ces domaines s'amenuisait rapidement. Sous la direction éclairée de Novikov, la V-VS se relevait lentement les énormes pertes qui lui avaient été infliaées pendant l'été 1941. Les usines de constructions aéronautiques, transférées dans les zones de l'arrière, voire au-delà de l'Oural, étaient à nouveau en état de produire (en 1942, 2 120 avions en moyenne sortirent chaque mois des chaînes de montage, soit un total de 25 440 appareils sur l'ensemble de l'année). Diverses versions améliorées de modèles anciens entrèrent en service, tels l'Iliouchine Il-2/3m, les Yakovlev Yak-7B et Yak-9, et les Lavotchkine La-5 et La-5FN. Les Vozdouchnié Armii (VA) s'échelonnaient, du nord au sud, de la façon suivante : 7e VA (général I.M. Sokolov) sur le front de Carélie ; 13e VA (général S.D. Rybaltchenko) ; 14e VA (général I.P. Jigariev) sur le front de Volkhov ; 3e VA (général M.M. Gromov) sur le front de Kalinine ; lYe VA (général S.A. Khoudiakov) sur le front ouest ; 15e VA (général LG. Piatykhine) ; 2e VA (général K.N. Smirnov) ; 17e VA (général S.A. Krassovski) sur les fronts de Voronej et du Sud-Ouest ; 16e VA (général S.I. Roudienko) sur le front du Don ; 8e VA (général T.T. Khrioukhine) sur le front de Stalingrad ; 41 et 5e VA (commandées respectivement par le général N.F. Naoumienko et le général S.K. Goriounov) sur le front de Transcaucasie. Si la taille des armées aériennes soviétiques variait, elles disposaient en moyenne, en décembre 1942, de 350 appareils chacune. De nombreuses unités des 8e, 16e et 17e VA se distinguèrent particulièrement pendant la bataille de Stalingrad et les combats qui la précédèrent.

 


Le 434e IAP du commandant LL Klechtchev remporta trente-six victoires pendant les deux premières semaines de l'offensive allemande de juillet 1942, tandis que le 150e BAP du lieutenant-colonel LS. Polbine utilisa ses bombardiers en piqué Petliakov Pe-2 avec une rare efficacité. Les 26e et 228e ChAD, équipées de Il-2, furent de leur côté citées à l'ordre de la garde, tout comme les 220e et 268, IAP, le 363e BAD et la 272e NBAD. L'insigne de-la garde était déjà porté par les 3e, 17e et 24e divisions aériennes de l'ADD et par les chasseurs de la 102e IAD de la défense aérienne. Les Yak-1 de la 235e division de chasse du colonel I.D. Podgorny (8e VA), qui faisaient partie de la force de chasseurs installée autour des aérodromes de Stalingrad (Goumrak et Pitomnik) tenus par les Allemands, abattirent de nombreux avions de transport Junkers du 52/3m du VIII. Fliegerkorps (pas moins de 17 pilotes ou membres d'équipages de la 8e VA reçurent la médaille de héros de l'Union soviétique). Du 19 novembre 1942 au 2 février 1943, les forces aériennes soviétiques engagées dans le secteur de Stalingrad (2e, 8e, 16e et 17e VA) effectuèrent 35 929 sorties, dans des conditions météorologiques souvent très difficiles, et abattirent près de 3 000 appareils allemands. Les Lisounov Li-2 de la flotte aérienne civile (Grajdanskii Vozdouchnii Flot, ou GVF) transportèrent plus de 30 000 hommes et 2 587 t de matériel en 46 000 missions. Au total, la V-VS se comporta de manière remarquable pendant toute la campagne de Stalingrad.

 

 

Kharkov reconquis

Au début du mois de janvier 1943, alors queles combats faisaient rage à Stalingrad, les forces soviétiques du front de Voronej lancèrent une offensive en direction de Kharkov, tandis que celles du front sud-ouest faisaient mouvement vers l'ouest pour couper la retraite des troupes allemandes de Transcaucasie. Entre le 10 janvier et le 16 février, Voronej, Koursk, Kharkov et Vorochilovgrad furent repris, et la position des Allemands dans le secteur du Don et du Donets se dégrada rapidement. Enfonçant le dispositifennemi, les divisions soviétiques atteignirenten quelques jours le Dniepr. Comme l'Armée rouge avait ainsi étiré ses lignes de communication à l'excès, le Generaloberst Erich von Manstein, nouveau commandant.du groupe d'armées Sud (l'ex-groupe d'armées Don), tira immédiatement parti de la nouvelle situation. Le 20 février 1943, il partit à l'assaut, soutenu par le I. Fliegerkorps (Luftwaffenkommando Don) à Poltava, le IV. Fliegerkorps à Dniepropetrovsk et la Fliegerdivision Donets à Stalino. Ces forces effectuèrent en moyenne mille sorties par jour pendant les attaques conduites par le détachement Kempf et les IYe et IV, armées blindées contre le saillant formée par la VIe armée soviétique dans la région de Pavlograd-Lozovaia, un effort maximal étant fourni le 23 février, avec 1 250 sorties. En dix jours, le 25e corps blindé de l'Armée rouge et trois divisions de fantassins furent anéantis, 23 000 soldats étant tués, tandis que 615 chars et 354 canons tombaient aux mains de la Wehrmacht. Le 6 mars 1943, la IV, armée blindée et le 2e corps blindé SS attaquaient en direction de Kharkov, qui tomba le 15 mars. Si le dégel du printemps interrompit les combats, la progression soviétique était bel et bien arrêtée. Les deux armées se faisaient désormais face dans la région de Koursk.

 

Appareild Russes de construction US

 

La retraite du Kouban

Pendant l'automne de 1942, le groupe d'armées A(XVIIe armée et IYe armée blindée) avait pénétré profondément à l'intérieur du Kouban. Longeant les monts du Caucase, il avait atteint Mojdok, localité située à moins de 195 km de la mer Caspienne, point extrême de l'avance de la Wehrmacht vers l'est. Au cours de la bataille de Stalingrad, le front se stabilisa, l'ordre de retraite étant donné au début de l'année 1943. Le 1er janvier, les forces soviétiques du front sud (Stalingrad) avancèrent en direction de Rostov, conjointement avec les troupes du front transcaucasien qui, dans le Sud, firent mouvement vers Stavropol et Armavir. Le 4 février 1943, les Soviétiques effectuaient un audacieux débarquement amphibie dans la région de Myskhako, au sud de Novorossiisk, sur la côte de la mer Noire, en vue de prendre à revers la XVIII' armée. Bien que rondement menée, la manoeuvre avorta. Au 1er mars 1943, les Allemands, après s'être repliés dans la péninsule de Taman, s'étaient retranchés derrière un puissant dispositif défensif. Maîtres du Kouban, les Soviétiques envisageaient de s'emparer de la Crimée - laquelle, si elle était conquise, permettrait à la V-VS de lancer des raids sur les champs pétrolifères de Roumanie. La Luftwaffe fut contrainte d'affecter un grand nombre de ses unités au maintien de sa tête de pont du Kouban. Ainsi, au printemps 1943, lorsque les Soviétiques entreprirent pour de bon de disputer aux Allemands la maîtrise de l'air, des batailles aériennes d'une ampleur sans précédent firent rage dans le ciel de la Russie méridionale.

 

 

La puissance aérienne soviétique sur le front de Transcaucasie se résumait aux 450 appareils des 4e et 5e VA, ainsi qu'aux 70 Il-4 et Yak-1 de la V-VS TchF (flotte de la mer Noire) et à 60 bombardiers de l'ADD (aviation à long rayon d'action). Le 20 avril, la 4e VA fut renforcée par le 2e BAK (corps d'aviation de bombardement, sous les ordres du général V.A. Ouchakov) et par le 3e IAK (corps d'aviation de chasse, général LI. Savitsky), la 5e VA recevant quant à elle le 2e Svodnii Aviatsonnii Korpous (SAK, corps d'aviation combinée) du général Ierieminko et la 282e IAD du colonel S.P. Danilov. Les formations de l'ADD, placées sous le commandement du général N.S. Skripko, comprenaient les 50e et 62e BAD, auxquelles le 6e BAK (général G.N. Toupikov) devait se joindre en mai. Le commandement suprême des forces aériennes soviétiques engagées sur le front du Nord-Caucase incombait au général K.A. Verchinine. A la fin du mois d'avril 1943, la V-VS allait mettre en oeuvre sur ce théâtre environ un millier d'avions, dont 370 chasseurs Yak-1, Yak-7B, LaGG-3 et La-5, 170 Il-2, 165 bombardiers moyens (pour la plupart des Petliakov Pe-2) et 195 bombardiers nocturnes Il-4. Près de 11 % des appareils étaient des machines cédées par les Alliés à l'Union soviétique au titre de la loi Prêt-Bail (Bell P-39N et P-39Q Airacobra, Douglas A-20B et Supermarine Spitfire Mk VB).

Pour la première fois, les unités de chasse soviétiques atteignirent un niveau approchant celui de leurs homologues allemandes. La discipline de vol fut renforcée, des équipements radio VHF performants furent mis en oeuvre, et la tactique se trouva considérablement améliorée. La V-VS disposait, enfin, de chasseurs de première ligne dignes de ce nom.

 

 

L'opération Citadelle

C'est au VIII. Fliegerkorps que revint la tâche d'affronter les 41 et 51 VA au cours des premières semaines de la contre-offensive soviétique dans le Kouban. Outre ses missions d'appui tactique, ce corps aérien dut effectuer des vols de ravitaillement pour le compte de la XVIIe armée, retranchée dans la péninsule de Taman, vols dont s'acquittèrent les avions de transport Ju 52/3m et les planeurs DFS 230 et Gotha Go 242 des Luftlandgeschwader 1 et 2 à partir de Feodossia. Le 31 mars 1943, le VIII. Fliegerkorps dut cependant gagner le secteur de Kharkov Bielgorod et fut remplacé par le I. Fliegerkorps du Generalleutnant Korten. Les forces aériennes de l'Axe en Crimée devaient compter en avril 1943 jusqu'à six cents appareils, dont deux cents Bf 109G-4 du JG 3 et du JG 52, basés à Kertch, à Anapa et à Simferopol. Le 5e corps allemand lança, le 17 avril 1943, une vaste attaque contre la tête de pont soviétique de Novorossiisk Myskhako, à laquelle participèrent les Stuka des I. et III./StG 2, des I. et III./StG 3 et du II./StG 77. De terribles combats aériens s'ensuivirent, les chasseurs du I. Fliegerkorps abattant soixante-trois appareils soviétiques pour la seule journée du 29 avril. Mais pour la première fois depuis le début de la guerre germano-soviétique, la V-VS ne fut pas totalement balayée des cieux. Elle riposta avec acharnement, tirant parti de sa supériorité numérique pour mettre à rude épreuve le I. Fliegerkorps les semaines suivantes.

 


 

En juillet 1943, l'attention des responsables militaires se concentra sur les secteurs de Koursk, Bielgorod et Orel, le théâtre du Kouban passant au second plan. Trois mois plus tard, dans la nuit du 13 au 14 novembre, la XVIe armée allemande commença à se retirer du Kouban. Franchissant le détroit de Kertch, elle trouva refuge en Crimée. Le I. Fliegerkorps avait détruit 2 280 avions et 1 054 blindés depuis le début de la campagne du Caucase. La V-VS, quant à elle, avait effectué plus de 35 000 sorties et détruit 1100 appareils allemands (dont 800 en combat aérien) dans la période du 17 avril au 7 juin 1943.


Le haut commandement allemand et la Stavka soviétique étaient convaincus que les grandes batailles de l'été se dérouleraient autour du saillant de Koursk, formé à la suite des combats de mars 1943. Baptisée opération Citadelle, une nouvelle offensive allemande devait être déclenchée dans ce secteur le 12 juin 1943 en vue de prendre en étau, avec les groupes d'armées Centre et Sud, les forces soviétiques. Avec une victoire à Koursk, la Wehrmacht espérait reprendre l'initiative sur le front de l'Est. En mai et en juin, les forces nécessaires à cette contreoffensive furent rassemblées, soit 900 000 soldats, plus de 10 000 pièces d'artillerie et 2 730 blindés. Dans l'intervalle, la Luftwaffe, renforcée, se prépara pour ce qui devait être le dernier grand Blitzkrieg de la guerre.

 

Combats aériens Luftwaffe / V-VS

 

 

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