GUERRES ISRAELO-ARABES

1970 - Guerre d'Attrition
1973 - Guerre du Kippour

 

En 1973, pour la première fois depuis le début du conflit qui les opposait à l'État hébreu, les Arabes prirent l'initiative de l'attaque. Ayant coordonné leur action, l'Égypte et la Syrie parvinrent, lors de la guerre du Kippour, à ébranler le mythede l'invincibilité de l'armée israélienne.

 

 

Le 6 octobre 1973, à 14 h 5, le front du canal Suez s'embrasa du feu de centaines de canons égyptiens qui tiraient sur les posi;'ns de la ligne Bar Lev et sur ses arrières immédiats. Au cours des premiers engagements de cette nouvelle guerre au Moyen Orient, la force aérienne égyptienne joua un rôle important, en pilonnant, avec 220 appareils, les aérodromes d'El-Mulayz, de Bir Thamada et d'El-Sur, de même que les bateries de missiles sol-air Hawk, les lignes de communications, les stations de radars, les centres de commandement et les postes de guidage israéliens. Dans le même temps, des missiles tactiques FROG étaient lancés en direction des bases de Bir Gifgâfa et de Tasa, d'autres engins du même type touchant le centre de commandement d'Umm Kubeisha et diverses stations de communications situées entre El-Kantara et Abou Agheila. Enfin, des Tupolev Tu-16 lâchèrent des engins « Kelt » contre des cibles implantées plus à l'est.

 

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Alors que l'aviation égyptienne partait à l'assaut à travers des corridors établis dans une ligne de défense serrée, constituée de batteries de missiles sol-air et de canons dirigés par radar, une trentaine d'avions de la force aérienne syrienne étaient engagés audessus du plateau disputé du Golan. Des MiG-17 syriens s'en prirent ainsi à des blindés ennemis postés sur les contreforts du mont Hermon, des hélicoptères déposant dans le même temps des commandos dans les lignes israéliennes. Ces forces, escaladant les pentes de la colline, s'emparèrent de l'observatoire que les Israéliens avaient établi à son sommet.

Alors que l'aviation égyptienne n'avait à déplorer la perte, au cours de l'engagement initial, que d'un appareil, la force aérienne israélienne, qui intervint sur le champ de bataille moins d'une demi-heure après que les premiers coups de feu eurent été tirés, dut consentir de lourds sacrifices. Environ la moitié des avions de la Heyl Ha'Avir qui se présentèrent au-dessus des pontons jetés par les Égyptiens sur le canal furent touchés ou descendus. De leur côté, les Égyptiens durent rayer de leur ordre de bataille une dizaine de leurs appareils, expédiés au sol pour la plupart par des missiles Hawk. C'est au cours de ces combats que le capitaine Adel Sadat, demi-frère du président égyptien, fut porté manquant.

Au cours de la journée du 6 octobre, l'aviation israélienne ne joua qu'un rôle mineur au-dessus du plateau du Golan, les unités de la défense aérienne syrienne ne revendiquant la destruction que de trois machines frappées de l'étoile de David. Enfin, les Égyptiens firent la preuve de la maîtrise qu'ils avaient acquise dans la mise en oeuvre des moyens de transport d'assaut en expédiant sur la passe de Sudr, dans la partie occidentale du Sinaï, une trentaine de Mil Mi-8 chargés, chacun, de vingt-cinq commandos, lesquels réussirent à tenir sur place pendant une quinzaine de jours.

 

 

L'offensive arabe

La plus grande partie de l'activité aérienne du 7 octobre porta sur les opérations de soutien aux forces terrestres, même si la Heyl Ha'Avir s'employa à plusieurs reprises à attaquer les aérodromes égyptiens - en fait, cette tactique n'obtint pas, il s'en est fallu de beaucoup, un succès comparable à celui enregistré en 1967, les Égyptiens ayant procédé à une disperson de leurs appareils et à un durcissement des alvéoles dans lesquelles ceux-ci stationnaient. Quant à la force aérienne égyptienne, elle concentra son activité sur les arrières de l'adversaire, appuyée par une unité de Hawker Hunter irakiens qui fut lancée dans la bataille. Sur le qui-vive, l'aviation israélienne empêcha une nouvelle action de commandos dans le Sinaï en détruisant une dizaine d'hélicoptères Mi-8 qui tentaient de s'infiltrer dans le dispositif ami, les voilures tournantes israéliennes étant, de leur côté, utilisées pour détecter les sites de missiles sol-air adverses. A la suite des pertes subies face aux intercepteurs et aux tirs venus du sol, l'expérience dut être interrompue au bout de quelques heures.

 

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Sur le théâtre nord, la force aérienne syrienne continua à soutenir l'action des forces terrestres, quoique à une échelle plus réduite sur le front du Sinaï, l'aviation de l'État hébreu pesant de tout son poids sur le Golan où elle effectua, pour la seule journée du 9 octobre, six cents sorties. En dépit des pertes qu'elle enregistra du fait des canons guidés par radar et des missiles sol-air, la Heyl Ha'Avir parvint à stopper l'avance des chars syriens dès que ces derniers eurent quitté la protection de leurs moyens de défense antiaériennne. Dès le début de l'après-midi, les avions israéliens s'employèrent à neutraliser les sites de missiles sol-air syriens, tant et si bien que dans les vingt-quatre heures qui suivirent cette opération un seul appareil ami fut abattu par ces engins. Pourtant, de nouvelles batteries furent installées par la suite, obligeant les Israéliens à reprendre leurs raids d'annihilation, au prix de lourdes pertes.

Si la force aérienne jordanienne ne prit aucune part à la bataille, les défenses antiaériennes réagirent de manière vigoureuse en tirant sur les avions israéliens qui survolaient le nord du pays. Le 8 octobre, l'aviation égyptienne reprit ses assauts contre les bases et les positions de missiles sol-air israéliennes, perdant, du fait de l'action des intercepteurs et des Hawk, plusieurs hélicoptères et une dizaine d'appareils. Tandis qu'une formation de Sukhoi Su-7 algériens arrivait en Égypte, la Heyl Ha'Avir poursuivait ses attaques méthodiques sur les aérodromes syriens, dont les défenseurs revendiquèrent la destruction de douze avions de l'État hébreu. En dépit des moyens de plus en plus importants qu'elle devait consacrer à la couverture du territoire national, la force aérienne syrienne réussit à monter un raid d'une assez grande ampleur sur le centre de commandement de Qiryat Shemona, avec des MiG-17 et des Su-7 escortés par des MiG-21 (quelques machines de ce type appartenant à l'aviation rakienne prirent part à cette action).

 

 

   

Dans la nuit du 8 au 9 octobre, un combat naval se déroula au large de Dumyât, où les hélicoptères et des navires lance-missiles isaéliens obtinrent un succès non négligeable. En l'air comme au sol, le conflit revêtait de plus en plus l'aspect d'une guerre d'usure, un pas de plus étant franchi par la Syrie qui, le 9 lança des missiles FROG contre la base aérienne de Mahanayim, située dans la partie septentrionale d'Israël. Les représailles israélienne se firent pas attendre, la Heyl Ha'Avir s'en prenant au quartier général de l'armée syrienne, implanté en plein centre de Damas, une raffinerie de pétrole à Homs et à une station de radar située au Liban. Au sol, cependant, les unités blindées syriennes avaient été ramenées sur leurs positions de départ.

Le mercredi 10 décembre, la force aérienne israélienne reprit ses raids contre les pontons du canal de Suez, mais aussi contre les bases avancées de l'aviation égyptienne et les moyens de détection installés dans le delta du Nil, des hélicoptères soutenant une opération conduite en Méditerranée. Au nord, la Heyl Ha'Avir entama une campagne de bomardements stratégiques sur des centres économiques et administratifs syriens, campagne qui l'amena jusque dans la région de la frontière syro-turque. Affectés en priorité à la défense aérienne du pays, la force aérienne syrienne subit de lourdes pertes, un imporant combat aérien mettant aux prises des MiG-21 et des appareils frappés de l'étoile de david, le 10 octobre, pratiquement au-dessus du Liban.

 

 

Le jeudi 11 octobre, alors que les Égyptiens déplaçaient une partie de leurs batteries de missiles sol-air dans le Sinaï, de l'autre côté du canal, l'aviation israélienne lança une série de ses attaques les plus efficaces du conflit contre les raffineries du golfe de Suez, base navale d'Abu Rudeis et la ville de Baluza, sur la côte nord du Sinaï. Dans le même temps, d'autres avions de l'État hébreu contribuaient à repousser les forces syriennes du Golan en s'engageant à fond en appui des blindés et des unités motorisées amies. Le 12, la destruction d'une importante partie de son système de défense aérienne amena la Syrie à renforcer celui-ci avec des MiG-17 qui durent affronter, en état d'infériorité manifeste, les Mirage israéliens.

 

 

  

Le 13 octobre, Israël fit savoir aux autorités de Washington qu'il ne disposait plus que.de quatre jours de moyens de feu - une affirmation qui, en fait, était fausse, mais qui poussa les Américains à fournir à leur allié du Proche-Orient d'importantes quantités de matériel, dont des Skyhawk et des Phantom, par le truchement d'un immense pont aérien assuré par des Hercules, des StarLifter et des Galaxy. En outre, les États-Unis expédièrent à l'armée israélienne des moyens de guerre électronique et des bombes guidées. De leur côté, les Soviétiques ne furent pas en reste, puisque dès les premiers jours du conflit ils livrèrent à la Syrie et à l'Egypte les pièces de rechange et les équipements dont elles avaient besoin : le 9, deux avions de transport soviétiques furent touchés au sol par des avions israéliens.

Les Américains envoyèrent même une partie des armements nécessaires aux Israéliens sur la base d'El-Arich, par l'intermédiaire de leur VIe flotte. Des appareils libyens qui, par la suite, tentèrent de surveiller ce trafic furent repoussés par les avions embarqués américains (en fait, les premiers Mirage libyens firent leur apparition au-dessus du champ de bataille à partir du 14 octobre ; il est intéressant de noter qu'un pilote égyptien capturé par les Israéliens avoua, au cours de son interrogatoire, qu'il avait appris à voler en France sur ce type d'appareil, avec un passeport libyen).

Tandis que les opérations aériennes prenaient une ampleur de plus en plus grande, une énorme bataille de blindés s'engageait, le 14 octobre, dans le Sinaï.

 

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La réplique israélienne

Au cours de la nuit du 15 au 16 octobre, les Israéliens se lancèrent à l'attaque des sites de radars établis à l'est et à l'ouest de la ville d'Alexandrie, se heurtant à cette occasion à une défense égyptienne qui s'appuyait sur des navires lance-missiles, des canons antiaériens, des batteries d'artillerie côtière et des avions - un appareil de la force aérienne égyptienne devait d'ailleurs envoyer par le fond une vedette adverse au cours de la matinée suivante.

Ramenés sur leurs positions de départ, les Syriens s'efforçaient, de leur côté, de se maintenir sur une ligne passant par la ville de Saasa. Dans le Sinaï, les Israéliens s'employaient à percer les défenses égyptiennes sur le canal, une situation dont le haut commandement égyptien ne sembla pas apprécier toute la gravité, mais qui, en fait, allait renverser le cours du conflit en faveur de l'État hébreu. A partir de ce moment, les pertes de l'aviation égyptienne ne firent que croître, tandis que celles de la Heyl Ha'Avir, qui mettait à présent en oeuvre des moyens de guerre électronique fournis par les Américains, diminuèrent de façon sensible.

 

 

L'armée israélienne consolidant ses gains sur le canal, la force aérienne égyptienne dut faire front en jetant dans la bataille, contre les têtes de pont adverses, tous les avions disponibles, dont des appareils d'entraînement armés. De fait, l'avance des troupes terrestres ennemies avait démantelé en partie la ceinture de missiles sol-air dressée le long du canal de Suez. Et ce ne furent pas les raids conduits par les MiG-17 et les Su-7 syriens contre les bases de Galilée ou les raffineries de pétrole situées dans la région d'Haïfa qui purent détourner la Heyl Ha'Avir de la mission qui lui avait été impartie dans le Sinaï. L'état de la force aérienne égyptienne, qui devait faire face à la puissante aviation israélienne avec des appareils à l'armement inadapté, était tel que, le 19 octobre, ses responsables durent expédier contre les lignes adverses des hélicoptères de transport Mi-8 chargés de bombes.

Confrontés à la perspective d'un cessez-le feu imposé par les Nations unies, les différents adversaires tentèrent, dans toute la mesure du possible, de consolider leurs positions. L'aviation égyptienne, dans un effort désespéré, s'engagea, avec tous les moyens dont elle disposait, contre les têtes de pont israéliennes sur le canal, pendant qu'au nord, a Heyl Ha'Avir soutenait de durs combats contre la force aérienne syrienne, au-dessus du mont Hermon. L'arrêt des hostilités qui devait intervenir le 22 octobre à 18 h 52 n'avant pas pris effet, les Israéliens en profitèrent pour poursuivre leur avance en territoire égyptien, submergeant de cette façon trois aérodromes adverses : Fayid et Kabrit, qui n'étaient pratiquement plus utilisés depuis 1967 et, surtout, Kasfarit, dont la chute porta un coup très dur à l'aviation égyptienne.

 

 

  

La bataille faisait rage, pendant ce temps, dans le secteur du mont Hermon, où l'armée israélienne engagea des troupes héliportées soutenues par des parachutistes, qui parvinrent à chasser du sommet les commandos syriens qui s'y maintenaient.

L'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu paraissant désormais imminente, les affrontements devinrent de plus en plus violents, les Israéliens concentrant leurs efforts sur l'annihilation de la III, armée égyptienne, qui s'était aventurée sur la rive orientale du canal de Suez. Pourtant, si elle parvint à encercler les forces adverses, l'armée de l'État hébreu ne tenta pas de s'emparer de la ville de Suez, qui était à sa portée. Ainsi, la guerre prit fin sur le canal de la même façon qu'elle cessa sur le plateau du Golan, les armées en présence ne tentant plus de progresser. Néanmoins, la Heyl Ha'Avir se montra active jusqu'au bout et réussit à détruire, au cours de la dernière journée des hostilités, cinq avions égyptiens au sol pour la perte de deux appareils. En outre, une machine de reconnaissance frappée de l'étoile de David devait être expédiée au sol par un missile.

 

 

Il n'existe aucune source sûre qui donne des chiffres précis concernant les pertes subies par les parties en présence lors de la guerre du Kippour. Bien qu'elle n'ait pas réussi à balayer du ciel les aviations arabes - près de 400 combats aériens furent enregistrés pendant toutes les hostilités, la Heyl Ha'Avir n'en conserva pas moins une certaine supériorité partout où les défenses antiaériennes égyptiennes ou syriennes avaient été détruites ou étaient mal organisées. Des observateurs indépendants évaluent les pertes de la force aérienne égyptienne à 223 avions et 42 hélicoptères, celles de la force aérienne syrienne à 118 avions plus 13 hélicoptères, celles de l'Irak à 21 machines et celles de la Libye et de l'Algérie à 30. Quant aux sacrifices consentis par la Heyl Ha'Avir, ils se situent à 106 avions, sans parler de 6 hélicoptères, et à 236 appareils endommagés mais réparables, contre 125 du côté arabe. Il convient de signaler, d'un autre côté, que 17 appareils arabes furent détruits par des missiles sol-air, 19 autres du fait du tir de canons antiaériens ou d'armes d'infanterie et 70 pour des causes indéterminées, 58 appareils étant abattus par les forces amies. Vingt et un avions israéliens furent perdus en combat aérien, 40 du fait des missiles sol-air, 31 par les tirs venus du sol, 15 pour des causes inconnues, 2 autres étant descendus par erreur.

 

 

 

Même ces chiffres, qui à première vue peuvent paraître conformes à la réalité, sont contestés par les parties en présence. C'est ainsi que les Israéliens soutiennent qu'au maximum cinq de leurs appareils furent perdus au cours d'affrontements dans les airs, alors que les Syriens et les Égyptiens en revendiquent une cinquantaine. En outre, deux pilotes syriens, le premier volant sur MiG-17, le second sur MiG-21, reçurent la médaille de héros de la République arabe de Syrie, qui récompense normalement les aviateurs qui ont inscrit à leur actif deux avions ennemis ou plus. En Égypte, une seule formation de Mig-21 réclamait, films de cinémitrailleuses à l'appui, vingt-deux victoires sûres et probables. Le titre envié de héros d'Égypte revint à Ali Wagedy, un pilote de MiG-21MF, dont le score s'établissait à quatre Phantom israéliens descendus en 1973, sans parler de deux Mirage abattus au début de l'année 1970. L'unité dont cet homme faisait partie s'enorgueillissait d'avoir expédié au sol cinquante-neuf appareils adverses. Même des MiG-1 ï parvinrent à mettre en évidence, grâce aux films de leurs cinémitrailleuses, des succès contre des Mirage. Quant à la Heyl Ha'Avir, elle compte en son sein l'as mondial en ce qui concerne les victoires remportées en matière de combat aérien entre avions à réaction.

 

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