GUERRES ISRAELO-ARABES

1948

 

A la fin de la journée du 15 mai 1948, vingt-quatre heures après l'annonce de la création de l'État d'Israël par les sionistes, deux Spitfire de la force aérienneé gyptienne mitraillèrent l'aérodrome de Tel-Aviv. Ainsi débuta une longue guerre qui aujourd'hui encore déstabilise le Moyen-Orient et menace la paix du monde.

 

 

Créé le 10 novembre 1947, le service aéronautique de la Haganah - la principale organisation sioniste - ne tarda pas à se lancer dans une active campagne de recrutement qui lui permit de compter bientôt dans ses rangs des vétérans de la Royal Air Force et des pilotes juifs locaux. Au cours des accrochages sanglants qui précédèrent le déclenchement du conflit et qui mirent aux prises les colons juifs aux Palestiniens, l'aviation sioniste (Shin Aleph) effectua à la fois des missions de reconnaissance et de ravitaillement, tout en procédant à des mitraillages à des bombardements de villages arabes. A la date du 14 mai 1948, le Shin Aleph disposait ainsi de 175 hommes et de 54 appareils dont une dizaine à peine étaient en mesure de transporter une charge offensive, aucun n'étant équipé d'armement défensif.

 

 

A la même époque, la RAF entretenait en Palestine deux squadrons de Spitfire qui avaient tenté, en vain, au cours de la journée du 27 avril 1948, de stopper l'attaque lancée par la Haganah contre la ville arabe de Jaffa. Quant aux forces aériennes engagées par les pays arabes contre Israël, elles apparaissaient plus fortes sur le papier qu'elles ne l'étaient en réalité. C'est ainsi que le chef de mission britannique en Égypte écrivait, à la fin de l'année 1946, à propos de la Royal Egyptian Air Force "La REAF n'est pas une force aérienne au sens propre du mot. Elle ne peut en fait être engagée dans des missions de combat qu'à la condition de ne rencontrer aucune opposition dans les airs". A la veille de l'ouverture des hostilités, le corps expéditionnaire égyptien en Palestine était soutenu par une quinzaine de Spitfire Mk IX, cinq Douglas C-47, modifiés afin de pouvoir emporter des bombes, et une escadrille de vieux Westland Lysander stationnée à El-Arich. Quelques jours avant le début de la guerre, le prototype Hawker Fury (NX798), que l'Égypte avait acquis le 27 avril précédent alors qu'il effectuait une tournée de démonstration au Caire, rejoignit cette petite force aérienne. Doté de mitrailleuses prélevées sur un Spitfire Mk VC, cet appareil fut engagé au combat sans disposer de la moindre pièce de rechange, ni même de manuel d'utilisation (l'avion fut détruit en octobre suivant).


En dépit de l'expérience qu'elle avait accumulée en luttant contre les rebelles kurdes, la Royal Iraqi Air Force ne mettait en oeuvre que des machines de combat dépassées, comme des chasseurs Gloster Gladiator, incapables d'apporter aux troupes irakiennes déployées dans le désert de Syrie l'appui dont elles avaient besoin. C'est la raison pour laquelle l'Irak ne put jeter dans la bataille que des Auster et quelques North American Harvard d'entraînement équipés, hâtivement, d'un armement de bord.

La force aérienne syrienne se trouvait dans un état encore plus lamentable, avec ses dix Harvard et leurs équipages mal formés. En outre, les équipes au sol étaient pratiquement inexistantes, les appareils étant pilotés par des volontaires irakiens, palestiniens ou égyptiens.

 

 

L'offensive arabe.

En dépit de l'étendue de la zone d'opérations qu'elle devait couvrir, la Royal Egyptian Air Force s'acquitta de manière parfaite de la première des missions qui lui avaient été confiées, le soutien du corps expéditionnaire égyptien. Par contre, ses Spitfire et ses C-47 ne parvinrent pas à anéantir l'aviation israélienne, même si la moitié des avions de première ligne juifs furent mis hors de combat par les attaques menées le premier jour du conflit contre l'aérodrome de Sde Dov, près de Tel-Aviv, et divers autres terrains. Pensant que la base de Ramat David était entre les mains des Israéliens, les pilotes égyptiens mitraillèrent ses installations, occupées en fait par la RAF (deux Spitfire Mk IX égyptiens furent abattus à cette occasion par des Spitfire Mk 19 britanniques).

En soutien rapproché, les C-47 et les Lysander de la REAF manquèrent à la fois de précision et de puissance dans les bombardements qu'ils conduisirent contre les positions fortifiées de l'adversaire. Les premiers furent même engagés sur des objectifs stratégiques, comme les dépôts de carburant et les lignes de chemin de fer situés dans la région de Tel Aviv, le 18 mai, sans avoir toutefois l'autorisation de bombarder le port vital, pour l'État hébreu, d'Haïfa, de crainte des réactions de l'opinion internationale. Cependant, une bonne coordination entre ses formations aériennes et blindées permit à l'armée égyptienne de s'emparer de l'importante position israélienne de Nizzanim au cours de la journée du 7 juin. Le même jour, la Royal Egyptian Air Force enregistra sa première victoire aérienne quand le pilote du prototype Hawker Fury expédia au sol un Auster J-1 de reconnaissance photographique qui opérait au nord d'Ashdod.

 

 

De son côté, la force aérienne israélienne s'employait à tenir du mieux qu'elle pouvait, de façon à éviter l'anéantissement et à appuyer, quand elle était en mesure de le faire, les forces terrestres débordées par le nombre. Dans le même temps, Israël recherchait par tous les moyens à acquérir des avions de combat, les premiers d'entre eux, des S.199, arrivant sur place le 20 mai et étant jetés au combat neuf jours plus tard. Quarante-huit heures après, la Heyl Ha'Avir (force aérienne israélienne) voyait le jour en tant qu'armée indépendante, obtenant son premier succès en combat aérien le 3 juin, lorsqu'un S.199 descendit un C-47 de la REAF. Dès l'entrée en service de ces chasseurs, les Égyptiens arrêtèrent leurs raids de C-47 sur le territoire ennemi. Ils les reprirent toutefois après que l'aviation israélienne eut assailli la ville d'Amman, le 1er juin, puis celle de Damas le 10 du même mois. A ce moment, l'essentiel de la force de l'aviation israélienne était constitué d'appareils civils transformés et de machines légères dont la vulnérabilité aux tirs venus du sol était importante. Quant au soutien que ces avions pouvaient apporter aux forces terrestres, il était extrêmement réduit et inefficace, les Israéliens subissant de ce fait de lourdes pertes lors de la bataille de Djenin, du 31 mai au 3 juin 1948.

Sur les fronts est et nord, les forces aériennes syrienne et irakienne s'étaient vu attribuer des objectifs beaucoup plus limités, les Harvard irakiens intervenant notamment à Djenin, avec un certain succès. Quant aux T-6 syriens, ils effectuèrent leurs premières missions de combat contre des positions israéliennes situées au sud du lac de Tibériade et lors des attaques lancées par l'armée de Damas à Samak et Deganya.

 

 

Premier cessez-le-feu

Comme les unités terrestres, les forces aériennes arabes étaient, au bout de ces quelques semaines d'affrontement, au bord de l'épuisement, même si elles avaient marqué des points. Les troupes d'Israël se trouvant dans un état comparable, le cessez-le-feu qui entra en vigueur le 11 juin fut accueilli avec soulagement par les deux parties en présence. Cet arrêt provisoire des hostilités constitua pour l'État hébreu un répit inespéré qui lui permit d'augmenter le nombre de ses avions en provenance de Tchécoslovaquie. Dans le même temps, les Égyptiens s'adressaient à l'Italie en vue d'y acquérir des Macchi MC.205V de chasse, la formation de Spitfire Mk VC installée à El-Arich étant elle-même renforcée.

L'offensive dans laquelle se lança l'armée israélienne le 9 juillet suivant avait pour but essentiel de s'assurer le contrôle de la partie occidentale de la ville de Jérusalem et de s'emparer de l'espace le plus important possible vers le nord, tout en s'employant à lever le blocus égyptien dans le désert du Néguev. Les Avia S.199 ouvrirent les hostilités en bombardant Lydda et Ramleh, tenus par les milices palestiniennes, l'opération se révélant comme une incontestable réussite. Le 10 juillet, les Israéliens partirent à l'assaut de Mishmar Hayarden soutenus par quelques S 199, qui se heurtèrent à des appareils syriens, un avion étant détruit de chaque côté. Quatre jours après cette bataille, les Harvard svriens furent utilisés pour appuyer l'offensive menée par des irréguliers palestiniens contre Sejera.

Soixante-douze heures auparavant, un appareil non identifié avait lâché quelques bombes sur la vieille ville de Jérusalem, une action qui poussa les Israéliens à monter un raid de représailles contre Le Caire avec trois Boeing B-17. Du 8 au 9 juillet, le principal objectif de la Heyl Ha'Avir concerna le soutien d'une attaque conduite contre les positions égyptiennes de Al-Madjal et de Beit Jibrin, qui coupaient les formations juives du Néguev du gros de l'armée de l'État hébreu. C'est le 9 également que la force aérienne israélienne perdit un de ses pilotes les plus expérimentés au cours d'un engagement contre un Lysander de la REAF. Le lendemain, trois Avia coiffèrent deux Spitfire Mk VC égyptiens, le Wing Commander Al Janzuri, de la REAF, trouvant la mort dans cette affaire, tandis qu'un S.199, endommagé, s'écrasait au sol.

 

 

Le cessez-le-feu qui prit effet à partir du 19 de ce mois donna la possibilité à la force aérienne israélienne de se renforcer à une cadence accélérée, les formations lancées au combat en octobre ne ressemblant en rien à celles mises en oeuvre au cours de l'été.

Celles-ci comprenaient trois B-17, cinq C-47, trois Bristol Beaufighter, huit Avia, cinq Spitfire, six Curtiss C-46, trois Lockheed Constellation, cinq Noorduyn Norseman et une trentaine d'avions légers (en outre, deux Lockheed Hudson, un De Havilland Mosquito, deux Beaufighter, douze Avia, quatre North American P-51 Mustang et un Norseman n'étaient pas encore opérationnels). Plusieurs autres machines devaient arriver par la suite en Israël, dont une cinquantaine de Spitfire Mk IX et Mk XVI provenant de Tchécoslovaquie, l'État hébreu disposant alors de cent pilotes confirmés. Les services secrets israéliens travaillaient eux aussi à réduire le potentiel aérien ennemi, comme le montra le sabotage, à Venegono, en Italie, de quelques Macchi MC.205 destinés à l'Égypte. Par ailleurs, un Short Stirling de la REAF explosa en vol, pour une raison jamais élucidée, le 11 novembre, au-dessus d'Almazya (en fait, les Égyptiens prévoyaient la mise sur pied d'une unité de bombardement formée de Stirling mais les problèmes rencontrés avec ces avions empêchèrent ce projet de se concrétiser).

L'existence du cessez-le-feu n'empêcha pas les adversaires de s'affronter dans des combats sporadiques. Ainsi, le 14 août, l'équipage d'un appareil léger de la Heyl Ha'Avir abattu près de Gaza fut arraché in extremis des mains de réfugiés palestiniens par l'armée égyptienne. Quant aux Israéliens, ils abattirent, le 22 octobre, un Spitfire égyptien, quelques-uns de leurs avions soutenant des unités terrestres lancées à l'attaque des collines stratégiques de Faluja.

 

 

 

L'attaque israélienne

Bénéficiant d'une supériorité de deux contre un, les Israéliens partirent, le 15 octobre 1948, à l'assaut des lignes égyptiennes avec des moyens matériels écrasants (les autres gouvernements arabes ayant renoncé à combattre, l'État hébreu avait pu en effet concentrer contre l'Égypte la plus grande partie de ses forces). La tentative de la Heyl Ha'Avir d'écraser l'aviation égyptienne au sol échoua cependant, en raison de la dispersion des appareils de cette dernière sur les aérodromes édifiés dans le Sinaï, les Spitfire marqués de l'étoile de David ne s'adjugeant que deux avions adverses. En dépit de pertes importantes, notamment pendant la bataille d'Iraq al-Manshiye, les Israéliens parvinrent à isoler cinq mille soldats égyptiens dans la poche de Faluka.

Tandis que le 16 octobre le commandant de la formation d'Avia de la force aérienne israélienne était tué en tentant d'atterrir après un combat contre des Spitfire, la REAF perdit son chef, Abu Zaïd, qui s'écrasa en mer à bord du prototype Hawker Fury trois jours plus tard. Les pertes augmentèrent rapidement des deux côtés, la Heyl Ha'Avir obtenant de son côté de nombreuses victoires en combat aérien. Même s'ils résistèrent, deux mois durant, aux assauts adverses dans le Sinaï, les Égyptiens n'étaient plus en position de lancer des contre-attaques. L'aérodrome d'El-Arich fit l'objet, en une seule semaine, d'une trentaine de raids, si bien qu'en décembre la REAF n'alignait plus que trente appareils en première ligne, contre cent quinze aux Israéliens.

 

 

  

En Galilée, une série d'actions menées par la Heyl Ha'Avir mit virtuellement fin aux combats, même si la force aérienne syrienne continua, avec ses Harvard, à assurer la défense de Mishmar Hayarden jusqu'à l'armistice final. Pour remplacer le prototype Hawker Fury perdu en octobre, les Irakiens expédièrent en Égypte trois Fury que pilotèrent des aviateurs de la force aérienne-irakienne envoyés par roulement à El-Arich. De leur côté, les Spitfire Mk VC de la REAF assurèrent l'escorte des C-47 chargés de ravitailler la garnison assiégée de Faluja et tendirent des rideaux de fumée le long des côtes pour couvrir certaines évacuations par la mer. En outre, la REAF jeta dans la bataille, à la fin du mois de décembre, une quinzaine de Fiat G.55 dont les pilotes n'avaient pratiquement aucune expérience du combat. Même les Stirling furent engagés dans des raids diurnes, notamment contre des colonnes israéliennes opérant au sud d'El-Arich.

Quand, le 29 décembre, cette importante base aérienne tomba entre les mains des Israéliens, l'aviation égyptienne dut être répartie entre différents aérodromes disséminés dans le Sinaï. La pression exercée par Londres sur l'État hébreu força l'armée israélienne à se retirer des territoires égyptiens qu'elle occupait le 4 janvier 1949, un armistice étant conclu trois jours plus tard. Pendant cette courte période, la REAF abattit un Piper Cub au-dessus de Beersheba et deux Harvard basés dans le Néguev, sans parler de cinq autres avions revendiqués par l'artillerie antiaérienne. La Heyl Ha'Avir claironna pour sa part la destruction de six Spitfire, huit Fiat G.55 et un C-47 égyptiens, plus cinq Spitfire et un Hawker Tempest de la RAF qui effectuaient une mission de reconnaissance sur la zone des combats le 7 janvier (en fait, la REAF ne perdit pendant ces trois jours que sept avions, en l'air et au sol).

 

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