GUERRE de COREE

 

 

L'intervention de la Chine communiste dans la guerre de Corée surprit les forcesdes Nations unies et fit naître la menace d'un conflit majeur entre l'Est et l'Ouest.C'est avec raison que les Américains pouvaient exprimer la crainte de s'êtrefourvoyés dans « une guerre qui n'était pas la bonne », sur un terrain qui n'étaitpas le bon, au mauvais moment et contre un ennemi qui n'était pas le bon.

 

 

L'INTERVENTION CHINOISE

 

Quand, le 26 novembre 1950, les armées chinoises, fortes de 250 000 hommes, lancèrent leur offensive en Corée du Nord, les forces des Nations unies poursuivaient un certain nombre d'offensives locales, sans disposer cependant de réserves importantes et n'ayant derrière elles que des voies de ravitaillement longues et vulnérables. L'effet de surprise, aussi bien d'un point de vue stratégique que tactique, fut complet ; en quelques jours, les Alliés planifièrent l'évacuation de la péninsule. Toutefois, tandis que les Nations Unies faisaient porter l'essentiel de leur effort naval et aérien sur la côte orientale de la Corée du Nord, un projet de redéploiement dans le Sud était élaboré en vue de contenir l'avance chinoise. C'est ainsi qu'environ 300 000 militaires et civils furent embarqués à Houngan, Inchon, Wonsan et Chinnampo ou emmenés par air depuis les bases aériennes de Corée du Nord. A la fin de l'année, l'offensive chinoise marquait le pas, le front se stabilisant juste au nord du 38e parallèle au terme du mois de janvier. Dans l'intervalle, les caractères de la guerre aérienne s'étaient profondément modifiés. L'intervention chinoise avait failli entraîner des conséquences plus graves, c'est-à-dire une démonstration militaire ou une entreprise de diversion tentée par les Soviétiques en Europe, en Méditerranée ou au Moyen-Orient. Cette perspective décida les États-Unis à réactiver des porte-avions supplémentaires, notamment ceux du type Essex (si, en juin 1950, l'US Navy possédait quatre bâtiments de cette catégorie, elle en alignait dix autres trois ans après ; de même, le nombre des porte-avions d'escorte était passé de quatre à dix-sept).

 

   

 

La plus grande menace pour la supériorité aérienne des Nations unies en Corée provenait de l'apparition, à la fin d'octobre 1950, d'avions à réaction MiG-15, sans cesse plus nombreux, pilotés par des Chinois et basés en Chine. C'est pour s'opposer à ce péril que le 4th Fighter-Interceptor Wing, équipé de North American F-86A Sabre et installé à Wilmington (Delaware), reçut l'ordre de rejoindre la Corée. Embarquée à San Diego (Californie) à bord du porte-avions d'escorte USS Cape Esperance, cette unité arriva à Kimpo au début du mois de décembre. A peu près au même moment, le 27th Fighter Escort Wing, doté de Republic F-84D Thunderjet, traversa le Pacifique sur le porteavions léger USS Bataan. Le F-86A-5 se présentait alors comme le chasseur américain le plus moderne disponible pour les opérations de Corée, même si ses performances étaient légèrement inférieures à celles du MiG-15, tandis que son armement léger (six mitrailleuses de 12,7 mm) ne pouvait en aucune manière rivaliser avec les canons du chasseur soviétique. L'équilibre se trouvait cependant rétabli grâce à la qualité de l'entraînement des pilotes qui, en règle générale, bénéficiaient d'une expérience de plusieurs années sur avion à réaction. Nombre d'entre eux étaient des vétérans endurcis à l'épreuve de la Seconde Guerre mondiale. L'âge moyen des pilotes de Sabre en Corée était de vingt six ans et leur nombre d'heures de vol sur jet de 1200 ; quant à l'âge moyen des pilotes de MiG, il était estimé à vingt-deux ans, leur nombre d'heures de vol sur appareil à réaction se situant autour de 200.

 

 

Tactiques de combat

Lors des sorties opérationnelles, les pilotes américains volaient par groupes de quatre (la formation finger four, largement espacée, qui permettait une plus grande souplesse et était par ailleurs, pour l'ennemi, difficilement repérable), tandis qu'au combat ils opéraient par deux, l'ailier protégeant son leader. Les Chinois, en revanche, évoluaient en formations lourdes, comprenant jusqu'à vingt appareils, chaque aviateur se battant de manière indépendante.

Quand les Sabre commencèrent à prendre part aux opérations, leurs pilotes reçurent pour consigne de patrouiller à petite vitesse non seulement pour économiser le carburant, mais aussi pour faire croire aux opérateurs des radars au sol qu'il s'agissait de vieux appareils de manière à attirer les chasseurs communistes. Quand les Américains s'aperçurent qu'en raison de leur faible accélération les F-86 étaient désavantagés, cette tactique fut rapidement abandonnée. Le premier combat entre Sabre et MiG eut lieu immédiatement au sud du Yalou, le 17 décembre, lorsque quatre F-86, conduits par le commandant du 335th Squadron, le Lieutenant-Colonel Bruce H. Hinton, rencontrèrent quatre intercepteurs adverses à 7 620 m d'altitude. Lâchant plusieurs rafales, Hinton incendia un chasseur ennemi, qui s'écrasa à 16 km du fleuve. Un certain nombre de combats peu concluants se déroulèrent pendant les quatre jours suivants. Mais le 22 décembre, un premier F-86, celui du Captain Lawrence V. Bach, fut perdu. Plus tard, le même jour, huit F-86 répartis en deux formations, conduites par les Lieutenant-Colonels John C. Meyer et Glenn J. Eagleston, affrontèrent quinze MiG-15, entre 9 145 m et 305 m, et en descendirent six.

 

     

 

Bien que la grande victoire remportée par les Sabre, le 22 décembre, ait, à l'évidence, contitué un choc pour la force aérienne communiste, le 4th Fighter Wing était bien incapable d'exploiter son succès. Kimpo étant menacé par l'avance chinoise, les Sabre furent transférés en toute hâte à Johnston AFB, au Japon, en dehors du champ de bataille coréen. Une expérience de courte durée fut néanmoins tentée quand un petit détachement de F-86 s'installa à Taegu, le 14 janvier, d'où il devait mener des missions de chasse et de bombardement avec des roquettes de 127 mm. Utilisant des North American T-6 Texas pour repérer les objectifs ennemis, les observateurs guidaient les F-86 dans leurs attaques. Mais les Sabre, basés à quelque 280 km à l'arrière, ne disposaient pas d'assez de carburant pour pouvoir s'attarder au-dessus du champ de bataille, si bien qu'ils n'enregistrèrent que peu de succès.

En dépit de l'absence des F-86 du ciel de Corée, les communistes ne réussirent pas à fournir un soutien aérien suffisant à leurs forces terrestres, en partie parce que la bataille s'était déplacée hors de portée des bases des MiG-15 de Mandchourie, en partie parce qu'ils hésitaient à envoyer au combat, sans escorte, leurs vieux bombardiers à hélice. En outre les services de renseignements des Nations Unies découvrirent que les autorités chinoises avaient interdit l'utilisation des bases mandchoues aux bombardiers opérant en Corée, et cela de crainte que les Américains n'en tirent prétexte pour user de représailles contre les terrains qui servaient de bases aux MiG.

 

 

     

 

Avant de relater les événements qui présidèrent à la grande offensive communiste du printemps 1951, il convient de rappeler l'action menée par les squadrons de l'US Navy et les autres éléments des forces aériennes alliées. Ainsi, le Squadron 77 de la RAAF, doté de F-51 et opérant depuis Iwakouni, au Japon, avait mené de nombreuses missions de bombardement et d'escorte de bombardiers, sous la responsabilité du 35th FighterBomber Group de l'USAF. A la fin de l'année 1950, ce squadron fut retiré des premières lignes en vue d'être équipé de Gloster Meteor F Mk 8 expédiés depuis le Royaume-Uni. Après cette opération, l'unité revint en Corée, mais subit des pertes importantes dues à la grande supériorité du MiG-15 ; aussi le Meteor se retrouva-t-il cantonné au rôle de bombardier.

La Royal Air Force prit une part réduite au conflit en n'y engageant qu'un petit nombre d'unités de combat. La guerre était survenue à un moment où, en raison de la parcimonie des allocations budgétaires, l'aviation britannique ne disposait d'aucun appareil moderne opérationnel. Toutefois, quelques pilotes de la RAF servirent, par permutation, dans des formations de l'USAF et de la RAAF pourvues respectivement de Sabre et de Meteor ; mais ils étaient, de loin surpassés en nombre par les aviateurs du Commonwealth.

En revanche, la Royal Navy et la Fleet Air Arm continuaient à assurer un soutien, efficace aux actions menées par la Task Force 77 de l'US Navy. Le porte-avions léger HMS Theseus fut relevé en avril 1951 par son sister-ship le HMS Gloria, lui-même remplacé par le HMAS Sydney. Tous ces bâtiments mettaient en oeuvre des chasseurs bombardiers Fairey Firefley et Hawker Sea Fury. Le HMS Ocean, qui servit dans les eaux de Corée de mai à octobre 1952, établit un record en lançant, en un seul jour, cent vingttrois sorties contre l'adversaire ; l'un de ses pilotes, le Lieutenant Peter Carmichael, du Squadron 802, fut le premier aviateur de la Fleet Air Arm à détruire un MiG-15, le 9 août 1952, au nord de Cinnampo, alors qu'il se trouvait aux commandes d'un Sea Fury FB Mk II.

 

 

Les porte-avions américains furent particulièrement mis à contribution pendant ces opérations, afin de contenir l'offensive communiste de l'hiver 1950-1951. L'essentiel des actions effectuées se limitait en général à des attaques conduites par des Douglas AD Skyraider et de Vought F4U Corsair, décollant de porte-avions qui, en majorité, avaient des ponts en bois (les projets 27A et 27C avaient été instaurés en vue de permettre le renforcement des ponts des navires de type Essex ; commandé en septembre 1950, l'USS Oriskany fut le premier bâtiment à être construit spécialement pour transporter des avions à réaction).

Songeant à l'ampleur des opérations navales qui se déroulaient dans l'ouest du Pacifique et à tout ce qui en dépendait (le soutien aérien, les assauts amphibies, le ravitaillement et le renforcement des troupes, menés en permanence depuis le Japon et les ÉtatsUnis), les Américains appréhendaient de plus en plus une intervention des sous-marins chinois. C'est la raison pour laquelle ils créèrent une unité de chasseurs de submersibles, le Task Group 96.7, qui devait opérer à partir du Japon. Dans cette formation était intégré le porte-avions d'escorte USS Bairoko, qui mettait en oeuvre un squadron de lutte anti sous-marine, après avoir servi à convoyer des F-86 des États-Unis au Japon.

Les torpilles ne furent utilisées qu'une seule fois au cours de la guerre de Corée, en avril 1951. Après des attaques infructueuses conduites par des Rangers contre le barrage de Hwachon et un raid, infructueux également, de B-26 utilisant des bombes guidées de 6 t, huit Skyraider de l'USS Princeton, équipés de torpilles et escortés par douze Corsair, furent envoyés sur cet objectif le 11, mai 1951. Six projectiles atteignirent leur but, faisant sauter le centre de l'ouvrage et enlevant aux communistes le contrôle du niveau des eaux dans la région où allaient être menées les offensives des Nations unies.

 

 

L'offensive du printemps 1951

L'ampleur de l'engagement des États-Unis en Corée n'avait de toute évidence pas été appréhendé dans toute sa mesure par les Chinois quand ils entrèrent,dans la bataille, à la fin de 1950. Cela était particulièrement vrai du domaine aérien, aucune stratégie n'ayant été élaborée en vue de fournir un soutien effectif aux forces terrestres communistes, avec des appareils modernes. Il n'exis
tait en fait aucune industrie nationale capable de produire de tels avions, les Chinois ne comptant que sur des envois supplémentaires de Yakovlev Yak-9, Lavotchkine La-Il et Iliouchine I1-10 de l'Union soviétique, ainsi que sur un grand nombre de chasseurs à réaction MiG-15. A ces machines venait s'ajouter un petit nombre de bombardiers Tupolev Tu-2, de chasseurs à réaction MiG-9 et d'avions d'entraînement à réaction Yakolev Yak-17UTI.

Pendant l'hiver de 1950-1951, le Chine déploya des efforts considérables pour améliorer les bases aériennes de Corée du Nord, sous la protection de MiG-15 implantés en Mandchourie. Les services de renseignements des Nations Unies estimèrent qu'environ deux cents de ces appareils avaient été livrés à la Chine au début de 1951. Au même moment fut entrepris un important programme d'entraînement des pilotes sur avions à réaction, avec des instructeurs soviétiques, de manière à donner à la force aérienne de la Chine communiste un grand nombre d'aviateurs formés. Au contraire, les Nations unies ne faisaient que peu d'efforts pour développer ou moderniser l'ensemble du parc des chasseurs à réaction déployé dans le Pacifique occidental, sinon en équipant le 27th Fighter-Escort Wing de F-84E, ou bien en installant sur les appareils des radars, des réservoirs auxiliaires de voilure améliorés et un système d'alimentation en carburant modifié. Le 4th Fighter Interceptor Wing demeurait la seule escadre équipée de F-86. Quand, en mars 1951, les Américains se rendirent compte que l'armée communiste s'apprêtait à passer à l'offensive, ils expédièrent le 334th Squadron du Japon à Suweon, dont le terrain commençait à sécher après les précipitations de l'hiver. Le1er mars, neuf MiG-15 firent un passage en piqué à travers une formation de dix-huit B-29, en endommageant dix, dont trois durent atterrir et s'écrasèrent à Taegu. Les premiers Sabre arrivèrent à Suweon le 6 mars, le 334th Squadron étant prêt au combat quatre jours plus tard. Au même moment, le 336th Squadron partait pour Taegu, laissant le 335th Squadron au Japon pour prendre la relève par rotation. La force de F-86 en Corée comptait ainsi environ quarante-huit machines.

 

    

 

Cependant, les communistes retenaient la majeure partie de leurs MiG-15 au nord et à l'ouest, hors d'atteinte pour le moment des chasseurs américains. Un régiment de soixante-quinze appareils était basé à Antoung, où les radars pouvaient enregistrer les déplacements des avions des Nations Unies. En mars, en dépit de l'activité aérienne croissante (on dénombra 940 sorties de F-86), trois MiG seulement furent détruits, l'un d'eux par un pilote de la Royal Canadian Air Force rattaché au 334th Squadron. La plupart du temps, cependant, les aviateurs communistes refusaient le combat et se bornaient à utiliser leur vitesse supérieure pour fuir de l'autre côté du Yalou.

Le MiG démontra pourtant qu'il constituait un redoutable adversaire pour les bombardiers, grâce aux canons dont il était doté. En avril, tandis que le rythme des combats aériens allait en s'accélérant, il apparut clairement que le F-84E n'était pas de taille à lutter avec le principal chasseur ennemi. Quatre MiG-15 furent abattus par des Sabre les 3 et 4 avril, mais le 7 avril un B-29 fut perdu après que des appareils de ce type eurent traversé l'escorte de Thunderjet.

Le plus grand combat aérien jamais livré jusqu'alors eut lieu le 12 avril, quand quarante-huit B-29 des 19th, 98th et 307th Heavy Bombardement Wings venus d'Okinawa, accompagnés par trente-six F-84E et couverts en altitude par dix-huit F-86A, attaquèrent le viaduc d'Antoung sur le Yalou. Le régiment complet de MiG-15 basé à Antoung les attendait dans les airs. Comme les formations de superfortress se dispersaient pour commencer leurs bombardements, les pilotes de MiG eurent la possibilité de concentrer leur attaque sur les avions isolés ; trois bombardiers furent abattus, sept gravement endommagés, et trente-deux hommes d'équipage tués ou portés disparus. Les F-84E furent incapables de faire quoi que ce soit, mais quatre chasseurs ennemis furent descendus par des Sabre.

 

 

A la suite de la rencontre aérienne du 12 avril, le 336th Squadron, équipé de F-86A vint rejoindre le 334th Squadron à Suweon, tandis que les formations de patrouille passaient de quatre à six Sabre. Le 27 avril, deux éléments de ce type furent brusquement assaillis par trente-six MiG-15, à leur tour pris en chasse par une douzaine d'autres F86 ; au cours du combat qui suivit, quatre MiG furent détruits et quatre autres endommagés, sans pertes pour les Américains. A la fin du mois de mai, le 4th Fighter Interceptor Wing avait effectué 3 550 sorties depuis cinq mois qu'il était en Corée.

Cependant, sur mer, les porte-avions d'escorte USS Bandoeng Strait et USS Sicily, remplacés, avaient regagné les ÉtatsUnis, tandis que le Philippine Sea était relevé par le Bonne Homme Richard. Pourtant, les Skyraider et les Corsair constituaient toujours l'équipement des unités de soutien aux forces terrestres.

 

    

 

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Sources

Texte : Encyclopédie de l'Aviation - Editions Atlas
STARS & BARS - Frank Olynyk - Grub Street Editions
F-51 Mustang units over Korea - Warren Thompson - Osprey frontline colour 1
F-84 Thunderjet Units over Korea - Warren Tompson - Osprey frontline colour 3
Korean War Aces - Robert F Dorr, Jon Lake, Warren Thompson - Osprey aircraft of the Aces 4
F-86 Aces of the 51st Fighter Wing - Warren Thompson - Osprey aircraft of the Aces 70
F-86 Aces of the 4th Fighter Wing - Warren Thompson - Osprey aircraft of the Aces 72
F-80 Thunderjet Units over Korea - Warren Thompson - Osprey frontline colour 5
F-86 Sabres of the 4th Fighter Interceptor Wing - Warren Thompson - Osprey frontline colour 6
B29 Superfortress Units of the Korean War - Robert F Dorr - Osprey Combat Aircraft 42
Korea The Air War 1950 / 1953 - Jack C Nicholls & Warren E Thompson
MIG Alley - Larry Davis - Squadron Signal Publications



 

 

 

 

 

 


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