Front de l'Est




LA GUERRE AERIENNE à L'EST

 

 

BARBAROSSA

La porte n'avait qu'à être enfoncée, prétendait Adolf Hitler, pour que l'édifice vermoulu de l'Union soviétique s'écroulât tout entier. C'était là une sous-estimation des forces de l'adversaire aux conséquences incalculables.Malgré les succès foudroyants des premières semaines, l'opération Barbarossa (nom de code de l'invasion du territoire soviétique par les forces arméesde l'Axe) devait être le tombeau de la Luftwaffe.

 

 

Selon les prévisions les plus pessimistes du haut commandement allemand, la guerre avec l'Union soviétique ne devait durer que de six à huit semaines. Le 22 juin 1941, la wehrmacht et les forces de diverses nations alliées de l'Axe franchissaient les frontières Soviétiques, donnant le coup d'envoi à l'opération Barbarossa. Les Allemands s'étaient donné pour objectifs la prise de Leningrad, de Moscou et de Kiev (la capitale de l'Ukraine), l'anéantissement de l'appareil militaire soviétique et l'établissement d'un glacis défensif en Russie orientale, d'Arkhangelsk, sur la mer Blanche, au nord, à la mer Caspienne, au sud. L'origine de Barbarossa remontait à juillet 1940, les buts de l'opération ayant été énoncés dans le Führerweisung 21 du 18 décembre 1940. Pendant la période de préparation, des voies de communications, des bases, des aérodromes et des dépôts furent construits en Prusse, en Pologne orientable et en Moldavie, tandis que les unités de reconnaissance de la Luftwaffe menaient - en toute impunité - de fréquentes sorties au-dessus de la frontière soviétique et au-delà. Le mouvement des troupes, des blindés et des avions vers leurs positions de départ s'effectua pendant le mois de mai et au début de juin 1941. Malgré cette précaution, des informations détaillées concernant les intentions allemandes parvinrent au chef de l'État soviétique, Josef Staline, par le canal diplomatique comme par celui de services secrets. Les unités de première ligne n'ayant pas été placées en état d'alerte, l'ensemble des forces soviétiques se trouva dans un état de grande vulnérabilité face à l'offensive allemande du 22 juin. Les revers infligés à l'Armée rouge entre juin et septembre 1941 dépassèrent par leur ampleur les plus folles espérances des responsables de la Wehrmacht. En l'espace de quelques jours, la Luftwaffe décima les forces aériennes soviétiques (V-VS), tandis que les industries dont elles dépendaient étaient contraintes de se replier en catastrophe vers l'arrière.

 

 

Le dispositif des forces de l'Axe

Sur les 3 800 000 hommes mobilisés dans l'armée allemande à la date du 22 juin 1941, pas moins de 3 200 000 (regroupés en 148 divisions, dont 19 blindées et 12 motorisées) allaient prendre part à l'invasion de l'Union soviétique. Environ 3 350 chars, 4 184 pièces d'artillerie, 600 000 véhicules et plus de 600 000 chevaux et mules furent acheminés vers les confins orientaux du Reich. Aux forces roumaines et finlandaises, qui participèrent à la campagne dès la première heure, allaient se joindre après le 24 juin les armées de la Hongrie et de la Slovaquie, ainsi que des divisions de combattants italiens et espagnols. Les troupes de l'Axe étaient réparties en trois groupes d'armées (Nord, Centre et Sud) regroupant 117 divisions de première ligne tandis que 65 % des effectifs de la Luftwaffe étaient engagés dans l'action, soit 2 770 avions de combat, dont 775 bombardiers, 310 Junkers Ju 87B-2 Stuka, 830 Messerschmitt Bf 109E-7 et F-2, 710 machines de reconnaissance à court et long rayon d'action, 90 Bf 110 et 55 appareils de reconnaissance côtière. Aguerries et bien équipées, ces unités étaient numériquement moins importantes que celles mises en oeuvre précédemment contre la France et les Pays-Bas en mai 1940. Mais comme l'industrie aéronautique allemande avait maintenu ses cadences de production de temps de paix, il était vital pour la Luftwaffe que cette nouvelle campagne fût de courte durée. Les différents commandements chargés d'appuyer la Wehrmacht allaient recourir à nouveau à la tactique du Blitz (appui rapproché, conquête immédiate de la supériorité aérienne), laquelle avait donné d'excellents résultats en Pologne, en France, dans les Balkans et en Crète. La Luftflotte I du Generaloberst Alfred Keller (Norditten-Insterberg) devait soutenir le groupe d'armées Nord dans son offensive vers Leningrad à travers les pays baltes avec le I. Fliegerkorps, le Fliegerführer Ostsee et huit formations finlandaises. La Luftflotte II du Generalfeldmarschall Albert Kesselring (Bielany-Varsovie), dont relevait les II. et VIII. Fliegerkorps ainsi que les I. et II. Flakkorps, allait opérer en liaison avec le groupe d'armées Centre dans sa poussée vers Smolensk via Grodno et Minsk, en Biélorussie. A la Luftflotte IV du Generaloberst Alexander Lühr (Jasinosk, au nord-ouest de Rzeszôw) allait incomber l'appui du groupe d'armées Sud, déployé face à l'Ukraine et à la mer Noire, avec les IV. et V. Fliegerkorps, bientôt rejoints par le Corpul 1 Aerian roumain, le 2/11 Vadasz Ostaly (groupe de chasse) hongrois et le Corpo di Spedizione italien. Enfin, la Luftflotte V, placée sous les ordres du Generaloberst Hans-Jürgen Stumpff (Oslo), interviendrait au nord par le truchement du Fliegerführer Kirkenes contre Mourmansk et Kandalakcha.

 

      

 

Première opération à l'Est

Le 22 juin 1941 à 4 h 15, la zone frontalière soviétique fut soudain noyée sous un déluge d'obus, tandis que les premiers appareils de la Luftwaffe prenaient l'air pour mener ce qui allait probablement constituer l'attaque aérienne préventive la plus destructrice de tous les temps. Sur plus de 66 aérodromes, la majorité des appareils de la V-VS furent surpris au sol, sans camouflage, parqués aile contre aile. A 12 heures, selon le General Franz Halder, de l'OKW, la Luftwaffe avait déjà détruit plus de 800 avions ennemis ; à la fin de la journée, le nombre des appareils écrasés s'élevait à 1811 (1489 détruits au sol et 322 abattus en l'air). A ces chiffres s'ajoutèrent un millier d'autres machines le 23 juin au soir. (En quarantehuit heures, l'aviation allemande ne perdit pour sa part que 150 appareils). Un autre bilan des succès remportés par la Luftwaffe, effectué par la suite sur ordre de Goering, devait signaler la mise hors de combat de 300 autres avions soviétiques.


Le premier jour de l'attaque, l'Oberst Werner Mölders, Kommodore du JG 51, abattit son soixante-seizième avion ennemi, et il porta son score à cent une victoires le 16 juillet. La bravoure de cet officier devait déteindre sur l'ensemble de son unité, qui s'illustra dans les combats aériens menés, de juin à août 1941, contre les pilotes courageux mais relativement inexpérimentés de la V-VS. L'unité de Mölders, surclassant de peu les autres formations de chasse allemandes engagées sur le front de l'Est (les JG 3, JG 52, JG 53, JG 54 et JG 77), inscrivit à son actif son millième succès le 30 juin.

 

Werner Mölders

 

Le dispositif soviétique

Quand la Wehrmacht partit à l'assaut, les forces militaires soviétiques n'avaient pas encore achevé leur rééquipement et leur modernisation, tandis que le corps des officiers, saigné à blanc par les purges politiques des années 1937-1939, manquait d'esprit d'initiative et de combativité. Numériquement, la V-VS était puissante. N'alignait-elle pas près de cinq mille appareils en 1938 ? L'industrie aéronautique soviétique était de son côté à même de produire entre 4 000 et 5 000 avions chaque année. En matière de conception aéronautique, les Soviétiques avaient longtemps fait figure de pionniers, le bombardier quadrimoteur lourd Tupolev TB-3, le bombardier Tupolev SB-2 et le chasseur Polikarpov I-15 ayant apporté au monde la preuve de l'incontestable maîtrise d'ingénieurs comme A.N. Tupolev, N.N. Polikarpov et A.A. Arkhangelski. La puissance aérienne soviétique s'était déjà affirmée pendant les campagnes conduites contre les Japonais au lac Khasan et à Khalkin Gol, puis en Espagne pendant la guerre civile. En juin 1941, la dotation de la V-VS était estimée à environ douze mille appareils, dont quelque sept mille cinq cents étaient basés en Russie occidentale, tandis que les autres stationnaient en Sibérie orientale, près de la frontière mandchoue. En regard des avions allemands. la majorité des appareils de première ligne soviétiques était cependant dépassée. A la date du 22 juin 1941, la V-VS ne disposait que de 2 739 avions de combat modernes, dont 399 Yakovlev Yak-1, 1309 MikoyanGourevitch MiG-3, 322 chasseurs Lavotchkine LaGG-3, 460 bombardiers légers Petliakov Pe-2 et 249 appareils d'appui rapproché Iliouchine Il-2.


Les principaux chasseurs soviétiques étaient les biplans Polikarpov I-15, I-15 bis et I-153, ainsi que le Polikarpov I-16, mus par des moteurs en étoile M-25, M-25B et M-62, développant entre 715 et 1 000 ch. Les unités d'assaut (Chtourmovaia Aviatsiia Polk, ou ChAP) utilisaient de vieux RZ, DI-6, 7B-1 et I-15 bis, tandis que les régiments de bombardement (Bombardirovotchnaia Aaiatiia Polk, ou BAP) disposaient de SB-2, SB-2 bis, Il-4 et Db-3, appareils de capacité moyenne. La V-VS était commandée par le général d'aviation P.F. Jigariev, directement subordonné au commissaire à la Défense (le maréchal S.K. Timochenko) et à Staline. Ses unités étaient réparties entre la force de bombardement stratégique autonome ou aviation à long rayon d'action (Dalnaia Aviatsiia, ou DA), les éléments aériens de chaque district militaire (Okroug), les divisions combinées (Svodnaia Aviatsiia Divisiia, ou SAD) de chaque groupe d'armées et, enfin, le service aéronautique de la marine (Aviatsiia Voienno-Morskovo Flota, ou V-VS AV-MF). Ce dernier, placé sous les ordres du général S.F. Jaronkov, regroupait lui-même :

  • la V-VS SF (force aérienne de la flotte du Nord),
  • la V-VS KBF (flotte de la Baltique),
  • la V-VS TchF (flotte de la mer Noire) et
  • la V-VS TOF (force aérienne de la flotte du Pacifique).

 

 

En juin 1941, l'aviation navale alignait 1445 chasseurs (I-15, I-15 bis et I-153), bombardiers (DB-3, DB-3F, Ar-2 et TB-3) et hydravions (MBR-2, MDR-2 et MTB-2).

Une quarantaine de régiments d'aviation de chasse (Istrebitelnaia Aviatsiia Polk, ou I AP) composaient par ailleurs l'aviation de chasse de défense aérienne (Istrebitelnaia .lviatsüa Protivo-Vojdoujnoi Oboroni, ou IA P-VO) du colonel-général N.N. Voronov. La plupart des chasseurs dépendant de FIA P-VO étaient des MiG-3, auxquels avaient été progressivement adjoints des Yak-1 et LaGG-3. Concentrées à Moscou, Leningrad et Kiev, la chasse et l'artillerie antiaérienne bénéficiaient depuis peu d'une assistance radar, limitée, avec la mise en place des Bouria-2, Bouria-3, Revan (RuS-1) et Redout. Mis au point entre 1936 et 1941, essentiellenient par l'Institut d'électro-physique de Leningrad (LeFI) et l'Institut de recherche Scientifique des transmissions de l'Armée rouge (NIIS-RKKA), ces équipements étaient produits en petites quantités. Leur développement devait être compromis par le repli massif des industries vers l'est.


Les Allemands estimaient à 5 700 le nombre des appareils soviétiques relevant des districts militaires. Le district militaire de Leningrad (général A.A. Novikov, à Leningrad) disposait de 1 555 avions, répartis en huit divisions et vingt-quatre régiments. Le district militaire de la Baltique (général L.P. Ionov, à Riga), chargé du soutien des VIIIe, XIe et XXVIIe armées, en avait pour sa part 630. Quant au district militaire spécial de l'Ouest (major-général B.A. Pogrebov, à Minsk), il avait reçu 1 430 appareils pour appuyer les IIIe, IV,, Xe et XIII, armées ; ce groupe d'armées subit de plein fouet l'offensive allemande du 22 juin. Le district militaire spécial de Kiev (général E.S. Ptoukhine) pouvait mettre en ligne 1 085 avions et le district militaire d'Odessa (général F.G. Mitchouguine) partageait 1400 appareils avec les districts de Moscou, d'Orel, de Kharkov et de la région du Caucase. Le 22 juin au soir, les Soviétiques reconnurent avoir perdu au moins 1200 appareils - pour la plupart appartenant à leurs meilleures unités -, mais de nombreux pilotes et équipages survécurent à l'épreuve pour reprendre le combat en des temps meilleurs.

 

   

 

Blitz contre la Biélorussie

Dès le 26 juin 1941, le groupe d'armées Centre opérait une percée à Brest-Litovsk pour prendre au piège, quelques jours plus tard, d'énormes quantités de troupes et de blindés soviétiques à Bialystok, Novogroudok et Volkovsk. Le 1er juillet, les chars de Guderian franchissaient la Berezina ; le 9, ils fermaient la poche de Minsk et, peu après, entraient dans Vitebsk. Du 15 juillet au 5 août, le groupe d'armées Centre allait rencontrer une résistance acharnée autour de Smolensk, 330 000 soldats soviétiques étant faits prisonniers au lendemain de la chute de la ville. Les combats perdant de leur intensité au centre, le VIII. Fliegerkorps fut envoyé dans le secteur de la Luftflotte I, plus au nord, où la Wehrmacht avait déjà atteint Louga et se préparait pour l'offensive finale vers Leningrad. Au sud, Allemands et Soviétiques s'affrontaient en de gigantesques batailles dans les plaines d'Ukraine. Entre le 18 et le 27 septembre 1941, le groupe d'armées Sud remporta victoire sur victoire, investissant Kiev et tuant ou capturant un grand nombre de soldats ennemis (environ 665 000). Au nord, Leningrad était encerclée et assiégée dès le 15 septembre par les forces germano-finlandaises.



Les formidables gains obtenus après douze semaines de furieux combats permirent à la Wehrmacht d'envisager très tôt une offensive générale en direction de Moscou. Décidée le 26 septembre, l'opération Taifun commença le 2 octobre 1941. Ayant reçu d'importants renforts, la Luftflotte II de Kesselring concentra dans les régions de Konotop et de Smolensk-Roslavl pas moins de 1320 appareils.

 

 

La défense de Moscou

Peu après le déclenchement des hostilités, les forces aériennes des districts militaires reçurent la dénomination générique d'aviation du front (Frontovaia Aviatsiia, ou FA). Les approches de Moscou n'étaient protégées que par 364 avions des unités de FA de l'Ouest, de la réserve et de Briansk épaulées par cinq régiments de bombardement de la DA et par un corps de chasse (Istrebitelnii Aviatsionnii Korpous) équipé de MiG-3 et de LaGG-3. Pendant les combats désespérés qui se déroulèrent dans les secteurs de Viazma et de Briansk, de nouvelles formations furent spécialement constituées à partir de renforts provenant du Sud et de la RA de Leningrad. Au cours des batailles de Viazma et de Kalinine comme lors de la défense de Moscou, la V-VS se battit du mieux qu'elle le put, sans toutefois peser sur le cours des événements. Ce furent en fin de compte l'hiver et l'âpre résistance des troupes soviétiques qui stoppèrent les Allemands aux portes de Moscou. Après leurs succès initiaux, les éléments avancés du groupe d'armées Centre, affrontant bientôt des températures inférieures à - 20 °C, s'immobilisèrent sur des routes rendues impraticables par la neige et la glace. Le 27 novembre 1941, les panzers étaient parvenus à moins de 30 km des faubourgs nord de Moscou, limite extrême de l'avance allemande. La campagne promettait d'être longue pour la Wehrmacht. Au début du mois de décembre, les revers subis en Méditerranée par les forces de l'Axe entraînèrent le transfert de plus de 250 appareils du II. Fliegerkorps du secteur central du front de l'Est vers Malte. Le Stab./Luftflotte II de Kesselring dut également gagner le théâtre méditerranéen en vue d'y superviser les opérations contre l'île ainsi que contre l'Afrique du Nord. La Luftwaffe subit un autre coup dur en novembre 1941 avec la mort de l'Oberst Werner Mölders, l'inspecteur général de la chasse, et le suicide d'Ernst Udet : tenu pour responsable de l'inadaptation des programmes de développement de l'industrie aéronautique allemande comme de la faiblesse de ses taux de production, cé dernier mit fin à ses jours.

 

 

Le 5 décembre 1941, contre toute attente et en dépit de leurs terribles pertes de l'été, les forces soviétiques qui défendaient Moscou passaient à l'offensive. Le nombre des appareils de la V-VS chargés d'appuyer la contreattaque était cependant très bas puisque seuls 13 Pe-2, 18 Il-2 et 52 chasseurs de la FA Kalinine, disséminés sur une portion de front de 250 km, soutenaient les forces terrestres. Près de 200 avions intervinrent avec les unités du front ouest du général Georgi Joukov, tandis que 79 appareils accompagnaient les troupes du front sud-ouest du maréchal Timochenko. L'assaut partit à 3 heures, par - 30 °C, la V-VS se jetant dans la bataille malgré d'effroyables conditions de vol.

Tout au long des combats livrés pour la défense de Moscou, la V-VS effectua 51 300 sorties, la Luftwaffe perdant, selon certaines estimations, 1 400 appareils. Non seulement la V-VS avait survécu à l'épreuve du feu, mais elle allait surtout faire montre d'une étonnante capacité de récupération.

  

 
Werner Mölders
 
Funérailles du Général Ernst Udet

 

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